La malle en cuir ou la société idéale, Robert Louis Stevenson et Michel Le Bris

Clément Solym - 24.07.2011

Livre - malle - cuir - societe


Le nom de l’auteur à lui seul suffit à emporter le lecteur dans une rêverie d’enfance. Les images de L’île au trésor se ravivent, la nostalgie des histoires de pirates et des grandes expéditions en mer se réveille et l’aventure peut naître, de nouveau. Ici, l’histoire est toute autre mais sa genèse possède déjà en elle une grande aventure et fait de ce récit une lecture assez passionnante, en tout cas inédite.

La note de lecture de Michel Le Bris, préalable incontournable au récit de Stevenson, nous plonge immédiatement dans une ambiance délicieusement surannée où l’existence même de l’auteur est héroïque et vraiment estimable. Malade chronique, il est un voyageur invétéré, exalté, d’une vitalité impressionnante, altruiste et curieux et justifie sans ambages l’admiration et la ferveur que Michel Le Bris lui voue.

On comprend mieux alors la quête de Michel Le Bris qui va le pousser sans relâche à chercher ce fameux manuscrit (présenté aujourd’hui comme le premier roman de Stevenson) puis le conduire inexorablement ensuite à cette restitution intime d’un récit inachevé dont il propose aujourd’hui une fin. Une aventure en soi, palpitante et jubilatoire ; au-delà même de son accomplissement, jugé plus terne (un brin mégalo ?).

Ainsi ce roman raconte le rêve de six jeunes hommes à la recherche d’un nouvel Eldorado et prêts à construire ensemble les bases d’une nouvelle société. Pour réaliser cet ambitieux projet et gagner les îles des Navigateurs, ils partent à la recherche d’une malle en cuir, censée contenir la fortune dont ils auront besoin pour mener à bien leur expédition.

Entre mésaventures rocambolesques et réflexions philosophiques sur la société idéale, Stevenson, exprime avec talent l’excitation et l’effervescence de la jeunesse, dans un style classique, certes un peu désuet mais qui offre à la lecture un attrait charmant. A mi-chemin dans le récit, Michel Le Bris, avec beaucoup de grâce et de respect, poursuit l’intrigue et l’achève en douceur, sans oublier le pittoresque et les tribulations propres à une telle aventure.

L’épilogue est là, sous forme d’œillade à Stevenson, sympathique et modeste, comme pour ne pas trahir l’auteur et rappeler l’intrusion, discrète et agréable d’un inconditionnel.

Si la liaison entre les deux textes est plutôt heureuse et harmonieuse, il n’en reste pas moins que Michel Le Bris a dû écrire une bonne moitié du récit, réduisant ainsi l’empreinte de Stevenson. De plus, les personnages auraient pu gagner en consistance, au fil des pages. Mais ils sont souvent restés flous, assimilés au groupe, sans réelle personnalité, ni force romanesque.

Ils ont manqué d’identité propre : seul regret pour une lecture agréable, un texte curieux servi par deux écritures savoureuses au sein de laquelle un chercheur (Michel Le bris) est consacré et contenté ; c’est évident !

Achetez La malle en cuir ou la société idéale sur Comparonet