La mauvaise vie, Frédéric Mitterrand

Clément Solym - 08.10.2009

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Généralement, je ne suis pas cliente des autobiographies de “stars”. Mais j’ai entendu Frédéric Mitterrand parler de son dernier livre, un soir sur un plateau télé, et j’ai brusquement eu envie de l’acheter. Au final, je suis contente d’avoir écouté mon instinct. Ne cherchez pas dans cet ouvrage des anecdotes croustillantes sur l’élite parisienne là n’est pas le propos. Et tant mieux. Car dans ce livre, peu importe après tout que l’auteur soit connu ou non, l’essentiel est ailleurs.

À travers La Mauvaise Vie, Frédéric Mitterrand nous parle des autres pour mieux nous parler de lui. Le livre est une lettre d’amour à tous les gens qui ont partagé sa vie, consciemment ou non, qui lui ont permis d’évoluer, qui l’ont fait pleurer aussi. Il y a tout d’abord l’Enfant, cette part de lui si précieuse, avec qui il débute et finit son roman. On devine entre les lignes tout l’amour paternel, un amour salvateur, comme une bouée de sauvetage.

Et puis il y a les autres, tous les autres. Ces moments de vie que chacun perçoit différemment et qui provoquent les malentendus et les incompréhensions. Ces instants où l’on n'ose dire ses sentiments par peur ou pudeur. Il y a les garçons croisés dans son enfance et adolescence, les deux gouvernantes qui l’ont élevé, les hommes qui ont compté plus que d’autres, une actrice à qui il voue une admiration proche de l’obsession, les corps de Bangkok et tous les autres.

D'abord, tout cela est merveilleusement bien écrit. Frédéric Mitterrand a la pudeur des mots et des sentiments. Nous le suivons au fil des souvenirs, de ses évocations décousues, de ses retours en arrière. Il n’est jamais tendre avec lui-même, jamais complaisant. Et c’est peut-être de là que naît le malaise de la seconde partie de l’oeuvre. Notamment dans le chapitre où il s’adresse directement à cette actrice : on souffre de le voir si dépendant de l’Autre, si intransigeant avec lui-même. Le titre du livre prend alors une autre dimension. Il n’y a pas de jugement manichéen, mais plutôt l’impression d’une erreur de casting : Frédéric Mitterrand n’a pas eu la vie à laquelle il se destinait, la vie qu’il fantasmait.

Les médias ont parlé de ce livre comme d’un “coming out ”. Je ne suis absolument pas d’accord. Bien sûr ses “inclinaisons”, comme il dit très pudiquement, forment la toile de fond de son livre, mais c’est avant tout le récit d’un homme dévoré par le doute et le manque de confiance, d’un homme en manque d’amour, mais dans l’incapacité d’en recevoir.

C’est un livre poignant qui nous amène à nous interroger sur notre relation aux autres, et donc sur les rapports que nous entretenons avec nous-mêmes.

Ndlr : À toutes fins utiles, je tiens à préciser que si Frédéric Mitterrand évoque les nuits qu'il a passées à Bangkok dans les bras de prostitués, il s'agit de garçons d'une vingtaine d'années et non d'enfants. J'espère que cet éclaircissement évitera tout malentendu.

Merci à BiblioBlog pour la rediffusion de sa chronique


 

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