La mémoire des murs, Tatiana de Rosnay

Clément Solym - 14.08.2008

Livre - memoire - murs - Tatiana


Récemment quittée par son mari Frédéric, Pascaline Malon, après diverses recherches, a enfin trouvé un petit appartement de moins de cinquante mètres carrés, Rue Dambre, proche de toutes commodités et du métro, quatrième étage seulement… Bref, tout ce qu’il lui convient même si elle n’est pas certaine que Frédéric aimerait. Mais, au fond, elle est seule maintenant, que lui importe l’opinion de Frédéric ? Malgré un pincement là où cela fait mal.

Informaticienne de métier, cet abandon ne l’empêche pas d’avoir les pieds bien ancrés sur terre et, aidée de sa collègue Élisabeth, d’emménager rapidement après avoir acheté un mobilier minimum qu’elles installent en dépit d’arcanes nombreuses des notices des fabricants et d’un léger malaise (un début de grippe ?) en cours de montage.

Ce n’est que plusieurs jours plus tard, alors que ce malaise dure toujours (mais au fait pourquoi disparaît-il quand elle quitte son appartement pour aller travailler ?) qu’elle apprend incidemment qu’un assassinat d’une toute jeune fille a été commis quelque temps auparavant dans cet appartement, par un serial killer.

« Certaines marques ne disparaissent jamais » dit en substance le sous-titre du roman.


À partir de cette entrée en matière assez prenante, voire obsédante, Tatiana de ROSNAY nous emmène dans le sillage de son héroïne qui, perturbée plus qu’elle ne l’admet face à sa collègue de travail, va accepter, en son for intérieur, la réalité de la « Mémoire des Murs » et, à partir du premier « contact » avec les agissements du meurtrier, se lancer à sa poursuite dans le sillage de toutes ces jeunes vies brisées en leurs printemps.

Cette quête va lui permettre de faire ressurgir peu à peu toutes les étapes qui, d’un mariage qui aurait pu être heureux, ont fait sombrer progressivement sa vie à deux vers un échec définitif.

La démarche de l’auteur est rondement menée et prend, en quelques occasions, des allures de polar quand la somme d’informations accessibles sur le net, permet à une informaticienne chevronnée de rapidement découvrir tout ce que la toile peut véhiculer sur des histoires sordides destinées à abreuver l’internaute.

Mais toutes ces noirceurs, toutes ces histoires terribles qui, à chaque fois, se traduisent par la destruction, peu ou prou, d’une famille frappée par de tels malheurs, tous ces drames ne sont-ils pas susceptibles de briser l’apparence tellement forte et structurée de cette femme qui, pour avoir assumé tous ses déboires sans ciller, n’en a pas moins subi une fragilisation fondamentale de tout son être que ces atrocités risquent finalement de faire exploser au grand jour ?

Le drame psychologique monte en puissance au fil des pages pour nous conduire à une fin apocalyptique où nous sommes entraînés à notre corps défendant.

Dommage que l’auteur ait un peu confondu article de magazine et roman : on ne peut pas dire que nous soit donné à lire un ouvrage de grande littérature. Concernant l’écriture, j’ai plutôt l’impression d’être resté dans le rayon des livres de « quai de gare », rejoignant, d’ailleurs, par là, l’impression de polar que j’évoquais tout à l’heure.

Et c’est regrettable, car le sujet méritait un peu plus de consistance littéraire que ces embryons de phrases où il est quasi exceptionnel d’accéder seulement à une subordonnée relative : le lecteur méritait un peu plus d’efforts et de considération. Une telle histoire ne peut pas être aussi dénudée qu’un projet de scénario.


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