La Mère, la Sainte et la Putain de Wendy Delorme

Clément Solym - 30.03.2012

Livre - La Mère, la Sainte et la - Wendy Delorme - Roman


Le 8 mars 2012 pour la journée de la femme, Stéphanie Kunert alias Wendy Delorme a publié son troisième roman intitulé La Mère, la Sainte et la Putain. Ecrivain, performeuse et professeur à l'université, elle propose un regard contemporain sur la féminité. Ses travaux tournent autour des recherches sur le genre dont le mouvement Queer. Héritière de Simone de Beauvoir ou plus récemment de Judith Butler, elle mêle (homo)sexualité, militantisme et savoir-faire dans une écriture sans complexe. 


« Quand devient-on la mère, la sainte ? Quand exactement commence-t-on à avoir honte d'être putain ? »


Ce roman est construit sur la forme d'une lettre écrite à Swann, futur créature à naître. Un bébé fait de chair ou peut-être de mots, le mystère étant entretenu par l'auteur. La narratrice décrit à son futur bébé l'état d'esprit dans lequel il a été conçu ; ses doutes, ses douleurs mais aussi ses plaisirs et ses désillusions.


Sans tabous, elle exprime son désir de liberté sexuelle en parallèle à l'aliénation sentimentale envers le père de l'enfant, le « presque-homme » comme elle le nomme. Ainsi, La Mère, la Sainte et la Putain mystifie les différentes facettes de la féminité, sans poser la femme en victime. La plume de la narratrice erre au fil de ses expériences sentimentales avec des femmes comme des hommes ; celles-ci sont difficilement assumées,  les lendemains des ébats deviennent douloureux autant dans le corps que dans l'esprit.


Au-delà de ça, cet ouvrage est aussi un véritable hommage à la transmission et à l'amour lorsqu'elle dresse un portrait d'elle-même via son héritage familial, où elle évoque de manière sensible ses parents et ses deux grands-mères.


« Héritière du féminisme »


Cette expression empruntée à Titiou Lecoq est parfaite pour définir l'un des courants qui émerge autour de quelques auteurs controversés comme Virginie Despentes, et dont Wendy Delorme semble se revendiquer. Elle teste les limites de la féminité autant que celles du lecteur. Héritière aussi bien du féminisme que de Sade, elle déambule dans les tréfonds des sentiments humains, où l'amour n'est plus éternel. 


En somme, cet ouvrage est une véritable découverte débordante de réalisme et de féminité avec une plume qui, même si elle est toujours maîtrisée, semble perpétuellement au bord de l'explosion. Les phrases sont courtes et imposent un rythme effréné. Destiné avant tout à un lectorat féminin, La Mère, la Sainte et la Putain saura cependant séduire un public plus large et avide de littérature contemporaine.