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La Montagne est une ogresse qui se repaît

Mimiche - 07.01.2019

Livre - Montagne Chamonix - Joie de Lire - accident resilience


ROMAN YOUNG ADULT - Antoine et X (le narrateur) sont deux jeunes aspirants guides de Chamonix. Bac en poche, ils se lancent dans un été de forçats pour commencer à boucler les trente neuf courses dans le massif qui leur permettront, avant deux ans, de concrétiser leur rêve à tous les deux : devenir guides de Haute Montagne. De l’escalade sur rocher, sur glace, … tout l’éventail des possibilités qu’offre sans retenue ce massif mythique autour du Mont Blanc.
 


Leur premier objectif sera l’Aiguille d’Argentières. Une course à leur portée même si on se doit d’être toujours humble devant la Montagne, ses pièges, ses dangers, ses surprises. Parfois tellement belles qu’on oublierait trop facilement les premiers :  la sécurité est un impératif constant.

Une ascension sans encombre les mène au sommet à la suite d’une autre cordée : un guide et son couple de clients.

En haut, X s’installe déjà à proximité de l’autre cordée pour profiter de la pause, du panorama grandiose (à 3901 mètres d’altitude il n’y a pas grand chose qui gâche la vue) et de son sandwich. Antoine préfère s’éloigner pour goûter tous ces plaisirs dans plus de solitude et, pour cela, doit se dés-encorder et faire quelques pas aériens sur une arête menant à l’autre sommet de l’Aiguille, en léger contrebas.

Faux pas ? Déséquilibre ? Erreur ?

Un grand cri et la chute qui ne pardonne pas, plusieurs centaines de mètres plus bas.

Revenu à Chamonix comme une ombre de lui-même, X sombre dans une profonde déprime, se considérant responsable de la mort de son ami qu’il n’aurait pas dû autoriser à se dés-encorder.

Il finit par quitter Chamonix en ce début d’été pour Lyon. Mais on emmène toujours avec soi ses larmes, aussi loin qu’on aille.

A peine descendu du train, il s’effondre sur un banc d’un parc où une jeune fille le rejoint. Et lui confie que, elle aussi, elle pleure parfois.


Tous les montagnards le confirmeront : aucun n’a réussi à traverser sa vie et sa passion sans être passé à côté d’un malheur semblable à celui qui frappe X (désolé de l’appeler X car c’est ridicule mais il n’a pas de prénom dans le roman : je déteste cette situation narrative par laquelle un auteur réussit à nous parler ou à faire parler un personnage sans prendre la peine de le nommer ce qui, pour moi, l’éloigne du lecteur).

La Montagne est une ogresse qui se repaît de ses adorateurs, sans relâche, sans distinction, sans vergogne, se débrouillant toujours pour faire porter la responsabilité à ces femmes et à ces hommes qui, pourtant, ne souhaitent que communier avec ses beautés, qu’accéder au nirvana du dépassement de soi dans l’effort esthétique sur ses flancs de roche ou de glace.

X porte au fond de lui le sentiment de culpabilité que cet accident mortel lui jette à la figure : la sécurité était sa responsabilité de premier de cordée lors de cette course.

Comment surmonter le poids de ce sentiment dévastateur ? Comment résister à cette brûlure de tous les instants ? Comment échapper à ces images, à ce cri dont l’arrêt brutal n’a qu’une unique signification ?

Qui peut partager ce traumatisme ? Qui peut en apaiser la douleur permanente ? Est-on capable de sortir de cet enfer ? Peut-on revenir de cette entreprise de démolition ?

Dans son livre, Pascale Perrier confie cette mission de sauvetage à une jeune fille qui a pourtant à se défaire de ses propres démons.

« Moins » fois « moins » feraient-ils réellement « plus » ? De deux peines la délivrance peut-elle surgir ?

C’est ce qu’elle pourrait nous faire accroire si tant de simplicité naïve (et un peu cajoleuse à l’égard de la mixité culturelle) ne brisait un peu cet élan des premières pages dans lesquelles la douleur est si présente, omniprésente, en permanence présente, insurmontable. Et sobrement contée.

Mais pour moi, la reconstruction manque de profondeur, d’analyse minutieuse des personnalités de ces jeunes gens (quelle que soit l’issue : je ne prétends pas qu’il n’y aurait qu’une seule à un tel bouleversement) et de leurs évolutions. La tenue, le corps du roman y perd beaucoup.

Finalement, c’est un bien beau départ, sur des élans convaincants, qui me laisse complètement sur ma faim, déçu et insatisfait, en tournant la dernière page.


Pascale Perrier - Et derrière les nuages - La Joie de Lire - 9782889084265 - 14.50 €
 


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