La mort d'un père, l'histoire d'une jeunesse en Norvège

Cécile Pellerin - 13.03.2013

Livre - mort d'un père - Norvège - autobiographie


Ce livre de près de 500 pages est le premier de six tomes autobiographiques auxquels l'auteur est encore lié par l'écriture. Un projet littéraire contemporain inédit et remarquable qui rencontre un succès étonnant en Scandinavie. Plus de 500 000 exemplaires vendus en Norvège, récompensé par de nombreux prix littéraires, ce roman est désormais traduit en plus de 15 langues et suscite aussi en France intérêt et curiosité. Une œuvre unique en littérature, parfois dérangeante, excessive, mais aussi bouleversante, tant elle exprime des sentiments humains universels.

 

Dans ce roman, l'auteur se raconte, dans un premier temps, jeune adolescent de 16 ans, hyper sensible, incapable de bien prononcer les « r », amateur de bières, de rock et obsédé par les filles avec en arrière-plan l'image d'un père assez cruel, d'une mère souvent absente et d'un frère aîné admiré. Ces scènes de l'adolescence sont décrites avec une précision maniaque, le quotidien est raconté jusqu'au bout, de manière exhaustive et parfois démesurée pour le lecteur.

 

Ainsi un réveillon de la Saint-Sylvestre raconté sur une centaine de pages, au plus près, sous prétexte de sincérité absolue. Mais, à force de détails, le lecteur pénètre en profondeur dans l'intimité de l'auteur et cette nécessité de tout écrire apporte de la force et une intensité éclatante au récit. La littérature est la vie.

 

« Je voulais dépeindre le quotidien, tout ce qui, d'habitude, n'est pas littéraire. De la sorte, le livre tente d'exorciser le monde réel. C'est tellement rare de vivre dans l'ici et maintenant. Mais, en décrivant le monde concret, ce sens de l'ici et maintenant se manifeste très nettement ».

 

Performance artistique et intellectuelle qui trouve sa consécration dans la seconde partie du roman qui raconte, dans un style douloureux et unique, la période consécutive à la mort de son père où, désormais adulte et père lui-même, il pose un regard acéré sur la déchéance de son géniteur.

 

 

Karl Ove Knausgaard 

 

 

À force de gros plans sur de menus détails, il appuie avec une sincérité impudique, sur les errements d'un père alcoolique et le nettoyage permanent que les deux frères effectuent dans la maison où résidait leur père jusqu'à sa mort (détaillé sur plusieurs centaines de pages là aussi), la description pointilleuse de la crasse, témoignent de cet hyperréalisme qui apporte au récit une authenticité, mais créé également un sentiment de malaise auprès du lecteur. Peut-on tout dire, tout écrire ?

 

Cette quête absolue de tout détailler provoquera d'ailleurs entre l'auteur et une partie de la famille de son père une rupture, concrétisée par la parution, dans un quotidien norvégien, d'une lettre ouverte qualifiant le livre de « littérature de Judas ». Il n'empêche, ce livre « sulfureux », vaut le détour par son aspect inédit, son style déchirant, à vif. Son exactitude.

 

« C'était mon père. Je dois avoir le droit d'écrire sur lui, de raconter exactement comment je l'ai vécu. Si je ne peux pas, je ne peux pas être écrivain. Car c'est mon matériau. Mais la conséquence a été terrible. » Karl Ove Knausgaard (Courrier International)