La mort de Louis XIV : apogée et crépuscule de la royauté

Audrey Le Roy - 27.10.2015

Livre - Louis XIV mort - royauté monarchie - apogée crépuscule


Le 1er septembre dernier, à l’occasion de la journée commémorative des 300 ans de la mort de Louis XIV, nous vous parlions du règne du Roi-Soleil à travers le livre Le Siècle de Louis XIV, publié aux éditions Perrin, sous la direction de Jean-Christian Petitfils. 

 

La mort de Louis XIV au Chateau de Versailles (1835-1840) par Thomas Jones Henry Barker (1815-1882)

 


Aujourd’hui, alors que s’ouvre, jusqu’au 21 février 2016, au Château de Versailles, une exposition intitulée Le Roi est mort, c’est le livre de Joël Cornette, La mort de Louis XIV, publié chez Gallimard dans la collection « Les journées qui ont fait la France », qui retient notre attention.

Si de nombreux historiens et biographes se sont penchés sur le règne et la vie de Louis le Grand, peu se sont réellement concentrés sur les derniers jours du Roi-Soleil et sur tout le cérémonial qui les a accompagnés. La commémoration du tricentenaire de la mort de Louis XIV et les publications et expositions s’y référant comblent ce manque.


Joël Cornette, historien réputé, spécialiste de l’histoire moderne et particulièrement du XVIIe siècle, nous conte avec précision les derniers jours de Louis XIV ainsi que les premiers jours de l’après. Il revient aussi sur une biographie plus classique, mais qui a le mérite d’expliciter comment ce monarque est passé de l’adulation à la haine dans le cœur de ses sujets, ainsi que d’analyser « ce qui s’éteint avec sa mort, ce qui va perdurer et ce qui est en train de naître. » Le dimanche 1er septembre 1715, à 8h23, mourait le plus grand roi qu’ait connu la France. 


Acharné de travail, homme de guerre, homme à femmes, danseur émérite, féru d’art, roi bâtisseur, il a marqué, pour le meilleur et pour le pire, tous les domaines qu’il a touchés. Roi toujours en représentation, se refusant à laisser paraître la moindre faiblesse, qu’elle soit physique ou morale, il refusera qu’il en soit différent pour ses derniers jours où il fit preuve, aux dires de tous – même de Saint-Simon pourtant toujours enclin à le dénigrer – d’un grand courage.

Le samedi 10 août, Louis XIV est à Marly. 


Les jours précédents il chassait à courre dans sa calèche ; « en juillet, à deux reprises dans la même semaine, il resta trois ou quatre heures de suite à cheval » pour passer en revue les gardes. Malgré son grand âge, 77 ans, il restait assez alerte. 


Le samedi 10 août, tout allait bien… jusqu’au déjeuner. Il se plaignit alors d’une « débilité d’estomac », on lui administra un médicament, le mal se calma. À dix-huit heures, il s’en retourna à Versailles, les fortes douleurs qu’il avait ressenties lui avaient un peu coupé l’appétit, mais le souper eut tout de même lieu en présence d’« une foule incroyable ». La cérémonie du coucher arriva, comme d’habitude, vers vingt-trois heures. À minuit il était enfin seul, une prière et au lit. Le baron de Breteuil, présent à ce coucher, note alors dans son journal : « il me parut un homme mort. Jamais le dépérissement d’un corps vigoureux n’est venu avec précipitation semblable à la maigreur dont il était devenu en si peu de temps ; il semblait, à voir son corps, qu’on avait fait fondre les chairs. »


Louis XIV ne connaîtra plus ni jour ni nuit sans douleur. 

 

 

 

Les médecins pensent à une sciatique lorsque le roi se plaint de fortes douleurs dans la jambe. On lui administre quantité de remèdes sans trop savoir quoi guérir.


Malgré les douleurs et la fatigue, Louis XIV continue de faire son métier de roi et l’on ne peut imaginer l’épreuve que cela dut être, mais il est de forte constitution. Il a souvent été malade durant sa vie, et seule celle-ci peut expliquer qu’il n’ait pas succombé plus tôt à toutes les médecines qu’on lui a administrées. Il se fait violence et continue à paraître. 


Le 24 août, devant une jambe noire, il fallut bien se rendre à l’évidence, il ne s’agissait non pas d’une sciatique, mais de la gangrène ! Louis XIV « fit appeler le père Le Tellier, son confesseur. Il s’enferma seul avec lui pour se réconcilier avec Dieu et se disposer à la mort. »

Le 25 août, l’agonie royale commence.

Toute cette partie, de l’arrivée des douleurs à la mort du roi, est écrite avec une telle précision qu’elle nous transporte à Versailles, où l’on se prend à oublier que la fin est écrite depuis fort longtemps et nous voici suspendu, à l’unisson avec les proches du roi, aux heures et minutes qui passent, le roi va-t-il mourir ? Vraiment ? « Pourquoi pleurez-vous ? M’avez-vous cru immortel ? »

Joël Cornette nous décrit rigoureusement les différents moments des funérailles du grand roi, l’éviscération, l’embaumement, les cérémonies, les cortèges, et ce que cela va impliquer au niveau du protocole et des négociations politiques. Autant d’informations qui nous permettent de mieux appréhender les changements que la mort du roi va apporter à la société française.

Comment cette mort fut accueillie par les Français ? Voici un élément de réponse :
« Ci-gît Louis le Petit ; / Ce dont tout le peuple est ravi. / S’il eût vécu moins de vingt ans,/ Il eût été nommé le Grand. »


 Ce livre vous en donnera les raisons et bien d’autres réactions toutes aussi « charmantes ». La meilleure façon de mettre tout cela en lumière sera d’aller voir l’exposition, magnifiquement mise en scène par le grand scénographe italien, Pier Luigi Pizzi, qui ouvre aujourd’hui au Château de Versailles, Le Roi est mort


Vous y serez plongé dans cette atmosphère de la mort du Roi, aux sons des marches funèbres ayant été jouées lors des funérailles de ce dernier. De nombreux tableaux et documents historiques, dont certains n’ont jamais été exposés au public, viendront illustrer très précisément les propos de Joël Cornette.  

 

 


Pour approfondir

Editeur : Editions Gallimard
Genre : histoire du...
Total pages : 384
Traducteur :
ISBN : 9782070781201

La mort de Louis XIV. Apogée et crépuscule. 1er se ...

de Joël Cornette

Cette journée fut la seule dont la maîtrise aura échappé au Grand Roi, lui qui se voulait l’ordonnateur tout-puissant de son royaume. Interroger la portée de la mort de Louis XIV conduit à reconsidérer ce très long règne à l’aune du projet politique que ce prince avait lui-même conçu. Ce livre donne à comprendre ce qui s’éteint avec le Roi-Soleil et ce qui va perdurer de son œuvre. Qu'est-ce qui fait la singulière grandeur du siècle de Louis XIV? La gloire, le roi de guerre, l’"État machine", la fabrique d'une culture royale: ce souverain a élevé le prestige de la monarchie française au sommet de son rayonnement ; il a achevé d’installer l’appareil administratif de l’Ancien Régime en l’inscrivant dans le patrimoine génétique de nos institutions ; il a érigé les "mystères de l’État" en méthode de gouvernement et fait pénétrer l’éclat de sa figure sacrée jusque dans la plus humble chaumière. Ce fut une ambition démesurée que les épreuves finiront par dérégler. Quel contraste entre le jeune monarque, ardent réformateur des "années Colbert", qui imprime sa marque à toutes les formes de création dans l’effervescence d’un Versailles baroque et festif, et le vieux roi éprouvé par des guerres interminables, cabré dans la dévotion en pourchassant les ennemis de la foi! La mort de Louis XIV clôt un chapitre de l’histoire de la royauté et en ouvre un autre: à l’aube du siècle des Lumières, c’est la "manière" de ce monarque, c’est aussi une certaine conception de l’autorité, qui meurent avec lui.

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