La Nada, Nouvelles pour l'Espagnol, de Jean Claude TARDIF

Clément Solym - 11.05.2011

Livre - nada - nouvelles - espagnol


Il est rare de trouver un fil conducteur évident dans un recueil de Nouvelles. Ce n’est pas le cas de La Nada.

Au travers de six petits textes courts, mais denses, Jean Claude TARDIF réveille la guerre civile espagnole, ses horreurs, ses souffrances, ses héros d’un côté comme de l’autre, si vains devant la mort.


Car c’est elle qui plane partout dans les souvenirs de ceux qui égrènent leur vie au fil de chacune des histoires. La mort et son cortège de souffrances physiques et morales. La mort qui choisit ses victimes, mais pas son camp. La mort jamais satisfaite et qui ne laisse aux survivants que des larmes au coin des yeux jusqu’à ce que le cœur lui-même tarisse. La mort qui inonde la terre de sang. Un sang du même rouge quelle que soit la cause choisie. Un sang que la terre boit goulûment sans regarder qui l’abreuve.

Dans « Nuit et Brouillard », Ferrat chantait « …ceux qui sont revenus (…) qu’ils essaient d’oublier… ». N’est-ce pas le même souhait qu’expriment tour à tour Pilar, Doña Lobas ou Antonio qui ne le peuvent cependant pas.

Oublier les enfants perdus.

Oublier les amis que la faim au ventre, insupportable, a pu faire changer de camp, car elle était devenue pire ennemie que la peur et le reniement de soi, moins affreuse que la mort. Toujours elle !

Oublier la douleur. Mais oublier d’oublier.

Il n’y a aucun parti pris dans ces textes.


Simplement un humanisme énorme qui ne peut que constater les dégâts de la guerre, toujours elle : qu’elle soit civile ou internationale ou ethnique ou religieuse, elle est toujours la seule et unique à pouvoir crier victoire (ne faudrait-il pas le rappeler encore à nos amis ivoiriens avant qu’ils ne sombrent dans ses bras crochus !) au seul nombre des victimes qu’elle aura pu glaner.

Simplement le constat de l’horreur dans laquelle l’humanité est capable de foncer tête baissée depuis la première aube qui l’a vue naître et, semble-t-il, jusqu’à la dernière qui la verra mourir, car elle semble ne rien apprendre, n’avoir rien appris !

Désespérant !

Le Temps Qu’il Fait (l’éditeur) a encore réussi un livre d’une qualité quasi irréprochable sous tous les aspects : un texte superbe, sur un papier de qualité, avec une typographie et une mise en page sans faute. Jusqu’à la photographie de couverture (un extrait d’un cliché de Robert Capa qui, indirectement, s’immisce dans l’une des Nouvelles par la présence de sa compagne, la pequeña rubia, elle aussi l’œil rivé au viseur de son Leica) qui, plus qu’un long discours exprime la volonté farouche de toutes les révoltes : elle aurait aussi bien pu illustrer du Zola.

C’est un vrai beau livre qui se dévore avant que de le lire et se reprend pour en ré-écouter la poésie de Llorca ou la musique de Casals.

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