La pendule endormie (L'arcamonde, tome 4), Hervé Picart

Clément Solym - 13.04.2010

Livre - arcamonde - antiquaire - ardennes


Alors qu’il est en train de discuter, avec son assistante, des trésors que recèle « l’Arcamonde », sa boutique d’antiquités sur les bords du quai de la Spiegelfrei, à Bruges, Frans Bogaert voit entrer, dans son domaine, son confrère de Rotterdam venu lui proposer une bien étrange pendule.

Et étrange, Frans est bien certain qu’elle l’est cette pendule avec cette sculpture de Junon qui s’y prélasse entourée de jeunes grâces qui dansent à ses pieds au beau milieu d’un troupeau de paons. Mais ce ne sont pas ces décorations antiques, somme toute communes, qui attisent l’intérêt de mon antiquaire préféré. Non ! Ce sont plutôt les représentations des heures dont les chiffres ont été remplacés par des fleurs bien particulières. Et, par-dessus tout, le fait qu’en lieu et place des douze segments horaires, il n’y a que onze fleurs différentes qui divisent le cadran !

Ajoutez à cela le fait qu’il n’apparaît aucun dispositif permettant de remonter le mécanisme, aucun orifice, aucun trou par lequel introduire une clef pour retendre des ressorts ou ré-enrouler les cordes de suspension des poids et vous comprendrez que Ronald de Kuyper n’a pas fait le déplacement pour rien : Frans, certes négociera le prix, mais ne le laissera pas repartir avec ce trésor.

Trésor qui ne manquera pas de traîner Frans Bogaert et son assistante, de surprise en surprise.

Avec une régularité de métronome que j’ai déjà eu l’occasion de relever (puisqu’il s’agit déjà du quatrième tome de la série), Hervé PICART nous revient avec une nouvelle enquête de son antiquaire brugeois. Et il faut reconnaître qu’entre métronome et pendule, il est bien loin, lui, de s’être endormi.

Voilà une occasion de jouer avec le temps, de disserter sur le découpage subjectif que l’Homme en a fait, de mettre à l’épreuve les heures, les jours, la durée de ces derniers et la perte de repère, le décalage qu’entraîne la surimposition d’un cycle artificiel ! Voilà que j’ai repensé à ces expériences (ou à des réalités ?) au cours desquelles on imposait, grâce à de l’éclairage artificiel, des journées de vingt-trois heures à des poules, accélérant ainsi leur cycle biologique pour leur faire produire un œuf de plus tous les vingt-quatre jours ! Comment réagirions-nous dans un tel environnement déphasé ?

Avec un malin plaisir, il décortique notre asservissement à toutes les montres, pendules, horloges qui rythment notre vie aujourd’hui et nous mènent un peu par le bout du nez. Avec toutes les réactions que notre esprit, maintenant soumis à une mesure du temps omniprésente et universelle, développe pour se protéger lorsque les cycles de référence se trouvent bouleversés. Il suffit de repenser à la simple incidence du passage de l’heure d’été à l’heure d’hiver pour imaginer un peu la chose : pas toujours évident.

Voilà qu’il faut beaucoup de lucidité et tout un cartésianisme bien trempé pour faire halte à l’hallucination ou à la divagation de l’esprit bien perturbé par la claustration et l’absence de la lumière du jour : quelques trompe-l'œil imperceptibles suffiraient à ajouter au trouble.

Comme dans ses précédents tomes, Hervé PICART a su me faire plonger dans un univers très particulier où il mélange à l’envie le rationnel et l’irrationnel et où il est très agréable de se laisser entraîner. Reste l’énigme dans l’énigme : l’Arcane Maxime qui, de volume en volume, doit être découverte. Pour la première fois, il me semble que j’ai enfin mis le doigt sur une piste ?! Mais pour l’instant, ce sera chacun pour soi.

 

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