La petite fille de devant, Faustine Ondry

Clément Solym - 06.01.2011

Livre - enfant - fille - vivre


Ce livre aurait pu s’ouvrir avec cette épigraphe « je ne sais pas ce que le passé me réserve », empruntée à Françoise Sagan.

Pour sortir du doute, Faustine Ondry, mêle retour dans le passé et le futur. L’auteure joue des voix. Alternant celle de l’enfance, et celle adulte, l’héroïne est un aigle à deux têtes. Elle sera tour à tour, Adelaïde qui grandit dans un cocon familial bancal, et maman-mariée, se retournant toujours sur celle qu’elle a été.

Adelaïde est cette petite fille de devant, qui garde la langue et les poings dans ses poches. Elle vit sous le même toit que sa maman et ses deux papas : son « vrai » père et l’amant de celui-ci. On se moque à l’école, et le curé n’est pas là pour entendre ses confessions. Bien au contraire, c’est à elle plutôt de répondre à ses obsessions. L’équilibre se retrouve dès lors fragilisé par ce drame et cette famille originale. Adelaïde petite, est cette voix que personne n’entend. Cette voix aphone, que seule l’écriture pourra rendre audible, plus tard.

Plus tard, c’est Adelaïde, mère de 40 ans, dont le père vient de mourir. De retour dans cette maison de famille, elle plonge son corps dans l’ancienne baignoire de son père, où elle lavera ses peines.

Concentration de toutes les passions-tensions, ce livre torture les âmes paisibles. Penser au passé et à l’amour donné, reçu, déchu, remue les intérieurs. C’est comme bouger des meubles : toucher à ce qui était en place depuis des années bouleverse les mœurs. Adelaïde n’a pas refermé des plaies, panse-t-elle.


Elle met en lumière ses fonds à elle, sa face cachée de l’iceberg, pour comprendre ce qui la constitue vraiment. Une psychothérapie en somme. Des conversations privées. Des allers-retours dans un passé très personnel. C’est parfois trop intime, et on pourrait reprocher ce manque de considération pour le lecteur. Il manque un peu d’universel, d’ouverture, pour que le lecteur construise son propre imaginaire. Les confusions de destinataire (le tu s’adresse au mari ? au père ?), et les manques de repères de temps nous font perdre parfois le fil.

Mais si l’on tire bien sur ces petits fils, il en reste un roman qui contient des pages pleines de larmes, qu’on aimerait nous-mêmes éponger. Il y a une sensibilité, une vérité ineffable qui s’en échappent, et qui rendent ce roman authentique. Même si nous avons tendance à se perdre dans les voix, il y en a une qui sort la tête de l’eau… Faustine Ondry nous dit tout bas que souvent, des sentiments confus se croisent et s’entrecoupent, qu’un passé+présent+futur est égal à une entité complexe, mais l’espoir de jours meilleurs reste un éternel sauveur.


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