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Un groupe de jeunes gens loue un local et crée au sous-sol une pièce totalement noire. Dans ce lieu, ils expérimentent de nouvelles formes de relations, en particulier sexuelles, protégés par l’anonymat que leur donne l’obscurité.

 

 

 

Peu à peu ce lieu de plaisir partagé devient un refuge pour ces jeunes gens victimes de l’évolution sociale et de la crise économique (perte d’emploi, de logement, problèmes de couple...).

 

Cette belle utopie collective qu’était la pièce obscure devient un lieu de renoncement (celui où certains choisissent de se suicider, où d’autres font une crise cardiaque seul dans un coin), une caisse de résonance en négatif de la violence extérieure où certains se lancent dans l’activisme avec ce cri de guerre « la peur doit changer de camp ».

 

Magnifiquement écrit, La Pièce obscure, constat extrêmement lucide de l’état de la société, nous hante bien après en avoir fermé la porte.

 

[Extraits] La pièce obscure de Isaac Rosa 

 

« Le monde s’écroulait pendant que nous, nous baisions, tout heureux, les gens étant jetés par le balcon avec tous leurs meubles, tous leurs souvenirs pendant que nous, nous baisions, tout heureux, les malades mourraient dans les couloirs des hôpitaux en attendant un test de diagnostic pendant que nous, nous baisions, tout heureux, les pères de famille faisaient la queue avec leurs enfants devant les soupes populaires pendant que nous, nous baisions, tout heureux, les banquiers, leurs politiciens volaient à pleines mains pendant que nous, nous baisions, tout heureux, elle-même ne pouvait pas payer le loyer de sa chambre ce mois-là parce qu’on avait saisi la moitié de son indemnité de chômage pour payer une amende pendant que nous, nous baisions tout heureux... »

 

traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu

 

Karine Pourtaud,
À Livre Ouvert/Le Rat conteur (Bruxelles)

 

en partenariat avec le réseau Initiales