La proie, Michel Crichton

Clément Solym - 18.05.2009

Livre - proie - Michael - Cichton


Jusqu’à ces derniers jours, Jack Forman était informaticien de très haute volée, dirigeant une équipe de programmeurs chez Mediatronics, une entreprise de pointe dans sa spécialité : écrire des programmes s’inspirant des processus biologiques et agissant ensuite, dans les ordinateurs, de manière autonome et évolutive pour résoudre des problèmes complexes en faisant montre de capacité d’apprentissage.

 

Pour tenter de découvrir comment des fuites ont été organisées, et qui ont permis à des concurrents d’utiliser des programmes piratés, Jack a mis en place des systèmes de contrôle hyper sophistiqués. Trop certainement ! Car ils lui ont permis de découvrir les malversations engagées par Don Gross le patron de Mediatronics !

 

De fil en aiguille, n’ayant pas voulu suivre les conseils de son avocat qui lui assurait que la meilleure stratégie était de démissionner, Jack s’est fait piéger par sa hiérarchie et a été licencié : son indemnité en échange de son engagement à se taire !

 

Et le voilà donc au chômage, en train de découvrir la difficulté de retrouver un boulot, malgré des compétences reconnues, quand certains se sont arrangés pour faire courir de sales ragots sur son compte pouvant justifier aux yeux du monde de son éviction.

 

Du coup, le voilà aussi devenu papa au foyer, ce qui arrange bien Julia, sa femme, qui se fait dévorer par son boulot chez Xymos, une société de pointe dans le domaine des nanoparticules. En effet, Julia recherche d’arrache-pied des investisseurs afin que puisse enfin se concrétiser le développement industriel d’une caméra d’imagerie médicale à base de nanoparticules.

 

Mais Jack est inquiet car il a du mal à avaler le changement d’attitude de Julia à son égard, son irritabilité et surtout ses absences répétées. Le doute l’a envahi : Julia n’aurait-elle pas une relation extraconjugale ?

 

Aussi, lorsque son ancien patron le fait contacter pour lui proposer une mission de consultant auprès de Xymos pour les aider à résoudre des problèmes apparus à l’utilisation de ces fameux programmes qu’il a conçus lorsqu’il était encore chez Mediatronics, l’occasion est trop belle de pouvoir pister Julia !

 

Le voilà donc parti vers l’usine-laboratoire de Xymos implantée au beau milieu du désert du Nevada !

 
  

Michael CRICHTON est un auteur à succès de grands polards dans lesquels il développe, dans des ambiances de science-fiction, des univers dans lesquels il pousse le progrès de la science jusque vers des limites où s’abreuvent toutes les craintes, les hantises, les appréhensions collectives vis-à-vis des apprentis sorciers qui, dans leurs laboratoires, se laissent emporter par les vertiges de découvertes scientifiques fabuleuses !

 

Les nanoparticules ont fait leur apparition depuis peu. Mon « petit Larousse » (qui ne date pourtant que de 2001 ...) ne connaît pas encore ce mot aux consonances pleines de mystère ! Nano, c’est un préfixe qui correspond au milliardième d’une unité. Un nanomètre correspond donc à un milliardième de mètre soit à 10 Angstrœms, l’unité de mesure habituellement utilisée pour quantifier la taille des atomes. Quant aux particules, elles fleurent bon la physique de l’atome avec ses cortèges de quarks, photon, et autres éléments de l’infiniment petit.

 

Les nanotechnologies sont déjà présentes dans notre XXIe siècle tout neuf ! Elles fabriquent dispositifs et structures à l’échelle moléculaire.

 

À tel point que le récent Grenelle de l’Environnement n’a pas manqué d’aborder le sujet ! Que faut-il craindre de ces objets créés par l’Homme (faut-il d’ailleurs lui attribuer un « grand H » ?) qui sont susceptibles de pénétrer les systèmes respiratoires jusqu’au plus profond des bronchioles et, vraisemblablement, avoir la capacité de traverser la barrière cellulaire, jusque dans le sang ?

 

Conjuguée aux développements de l’intelligence artificielle à laquelle les auteurs de science-fiction ont depuis longtemps accordé le crédit de l’apprentissage, de l’autonomie et de l’évolution indépendante, voilà qu’apparaît la piste d’un assemblage diabolique apte à toutes les attentes du lecteur avide d’ambiances angoissantes. Le redoutable docteur Frankenstein prend désormais une nouvelle dimension dans laquelle s’engouffre Michael CRICHTON pour attiser ces terreurs subconscientes collectives : le mélange est détonant ! Pas sûr qu’il soit très réaliste mais il n’en suscite pas moins quelques interrogations au premier rang desquelles figure l’encadrement (nécessaire !) de nos scientifiques. Les débats actuels sur le clonage ou sur les OGM relèvent de ces mêmes sujets sur lesquels les philosophes de tous bords s’étriperont encore longtemps dans des épiques débats d’étique pendant que Monsanto vend ses semences aux agriculteurs du tiers monde !

 

L’amiante, les premiers essais nucléaires, la maladie de Minamata et tant d’autres sujets épineux tendraient à faire penser que l’homme (définitivement avec un « petit h » ce coup-ci) n’est finalement pas assez intelligent pour gérer ses découvertes et l’ascendant qu’il se croit autorisé à prendre sur son milieu environnant !

 

Ne revenons pas à l’âge de pierre, ce serait ridicule ! Mais si la lecture de ce bouquin ramenait au présent un peu de lucidité et de tempérance dans les dérives scientistes, ce ne serait pas du temps perdu.