La Prostitution étudiante, Eva Clouet

Clément Solym - 10.04.2008

Livre - prostitution - etudiante - nouvelles


Vous avez pu lire récemment notre critique de Mes chères études de Laura D. Ce livre a été préfacé par l’auteur de La Prostitution étudiante. C’est le même éditeur qui publie les deux documents. Ce qui semble être un nouveau phénomène sur internet se retrouve donc abondamment sur la scène éditoriale. Il faut dire que c’est un sujet tabou mais qui fait vendre…

La prostitution étudiante : un sujet tabou qui ne l’est plus

Eva Clouet nous propose ce qui se présente comme étant son mémoire de Master I de Sociologie (« Genre et Politiques Sociales »). L'auteur est actuellement étudiante en Master 2 de Sociologie à l'université de Toulouse II - Le Mirail. L’enquête a été menée sur l’année scolaire 2006-2007. Cette forme est à la fois ce qui constitue le principal intérêt de ce document comme son défaut le plus prégnant…

Un document à valeur scientifique sur les nouvelles formes de prostitution :

Eva Clouet dit dans sa Préface ne pas avoir écrit dans le but d’une quelconque publication. C’est ce qui donne un ton quasi scientifique à l’étude menée. Celle-ci se divise comme il se doit en trois grandes parties :
  • Présentation de la question de la prostitution en général et de la prostitution via internet en particulier. Eva Clouet fait un rapide tour de la question, reprenant les différentes problématiques qui tournent autour de la prostitution. Deux regards opposés se posent sur ce phénomène. D’un côté, la volonté d’encadrer légalement la prostitution. De l’autre celle de l’éradiquer. Bien entendu des voix transversales se font entendre.
  • Réflexions et recherches sur ces étudiants qui se prostituent sur internet : qui sont-ils ? Comment travaillent-ils ? Quels bénéfices retirent-ils de leur travail ?
  • Tentative de construction de différents portraits du parcours de ces prostituées du net : pourquoi et comment en sont-ils venus à la pratique de la prostitution ? Qu’est-ce que ces individualités ont en commun, à part la pratique de la prostitution ?
Cette présentation très objective du travail mené par Eva Clouet permet de poser un regard neutre sur un phénomène qui fait souvent l’objet de nombreux amalgames ou reports d’idées reçues. L’auteur fait état de son immersion progressive dans un milieu qu’elle ne connaissait pas du tout. Elle va se fondre dans les forums pour petit à petit arriver à nouer un contact basé sur la confiance réciproque afin d’obtenir des témoignages de prostituées occasionnelles.

Etudiantes et prostituées : internet, un trottoir sans surveillance

L’auteur ouvre alors les yeux sur un monde qui lui était jusqu’alors totalement étranger. Si l’on fait une recherche très simple sur internet à partir du mot « escorte », une myriade de sites propose rapidement de vous mettre en relation avec ces jeunes filles qui tiennent des blogues sur la toile. Elles y détaillent de façon précise leur façon de travailler : qu’est-ce qu’elles acceptent, qu’est-ce qu’elles ne tolèrent pas, affichent leurs tarifs, leurs coordonnées et quelques photos.

En suivant l’étude menée par Eva Clouet, on se rend compte que pour beaucoup d’étudiantes, c’est là une pratique occasionnelle de la prostitution. Elles ont souvent trois ou quatre clients réguliers qui leur permettent de faire face à leurs difficultés financières mais aussi à assurer les petits plus. Les étudiantes interrogées sont souvent dans un espace de transition.

Portrait robot de ces nouvelles prostituées amateurs

Venant d’un milieu familial peu aisé, elles sont tenues à bout de bras par leurs parents. Ayant fait un parcours scolaire plutôt brillant, elles ont réussi à intégrer des filières assez élitistes. Résultat, elles se retrouvent à suivre des études assez chères en compagnie de jeunes étudiants souvent issus de milieux favorisés. La prostitution occasionnelle leur permet alors de subvenir très correctement à leurs besoins tout en gardant du temps pour pouvoir travailler, ce qui ne serait pas le cas avec un job étudiant classique.

Ce document permet de mieux comprendre de l’intérieur comment ces jeunes filles en apparence stables ont pu franchir les barrières morales pour en venir à se prostituer sur internet. Mais ces étudiantes décrivent cette pratique en se donnant le statut d’amateur. Elles ont des ambitions. Ce n’est là qu’un moyen pour assurer leur réussite future.

  Au travers de cette pratique, elles côtoient des hommes plus âgés, appartenant à des classes sociales plutôt élevées. Ces derniers leur apportent un soutien financier mais aussi mettent parfois à leur profit leurs relations. Internet met la pratique prostitutionnelle à la portée de tous dans le plus grand anonymat. Une certaine tolérance semble entourer pour l’instant cette pratique assez récente qui se distingue totalement de la pratique classique de la prostitution.

Un phénomène de grande ampleur : mais que font les pouvoirs publics ?

Eva Clouet permet de porter à la connaissance du grand public un phénomène que beaucoup préfère voir rester entouré d’obscurités. Néanmoins, ce livre comporte aussi les défauts de ces qualités. Eva Clouet est une étudiante qui prend pour cas d’étude des étudiantes… Autrement dit, elle n’a pas toujours le recul nécessaire et suffisant pour poser un regard juste sur les faits.

Même si le ton employé permet de faire sortir la question des idées reçues, il reste par trop neutre précisément. Toutefois, ce livre permet de faire état d’une pratique qui s’est répandue ces dernières années sans aucune réaction des pouvoirs publics alors que la prostitution a toujours été suivie de près par le système législatif. Récemment, un syndicat étudiant estimait qu'aujourd’hui 40 000 étudiant(es) se prostituent en France. La cause première en est la précarité croissante et la cherté de la vie étudiante.

Il serait donc peut-être temps de rebondir sur toutes ces publications récentes sur le sujet qui marquent la montée en puissance du phénomène. En effet, comment notre société peut-elle tolérer que sa jeunesse se prostitue pour payer ses études ! C’est un appel à la révision du système des bourses qu’il ne faut pas laisser sans réponse. L’école doit rester un moteur dans l’ascension sociale.