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La question, Henri Alleg

Clément Solym - 26.01.2009

Livre - question - Henri - Alleg


Que peut-il encore être écrit à propos de « La question » qui n’ait déjà été écrit certainement cent fois ? Je m’y risque. Septembre 19955. Henri ALLEG qui est Directeur du journal Alger Républicain, voit son quotidien interdit de parution du fait de ses prises de position politiques : ouvrant ses colonnes à toutes les tendances démocratiques, le journal s’est, bien évidemment, créé de solides inimitiés !

Malgré l’arrêt du Tribunal administratif qui juge cette interdiction illégale, les autorités maintiennent l’interdiction de parution et exercent, de plus, des pressions sur tous les collaborateurs du journal conduisant ALLEG à passer dans la clandestinité. Arrêté le 12 juin 1957, ALLEG sera retenu prisonnier pendant plusieurs mois dans des geôles militaires dans Alger.

En novembre de la même année, à l’issue de démêlés politico-judiciaires, ALLEG met le point final au récit des terribles journées passées entre les mains de ceux qui ont immédiatement eu recours à la torture pour lui faire « cracher » les réponses aux questions qu’ils lui poseront sans relâche et auxquelles ils n’obtiendront jamais de réponse.

Dès février 1958, l’impression du récit est achevée ! Les 5.000 exemplaires s’arracheront malgré la saisie des journaux qui avaient tenté de se faire l’écho de cette parution et le silence des médias contrôlés par l’État. Suivront alors de nombreuses ré-éditions qui conduiront, fin mars de la même année ( !) à la saisie de 8.000 exemplaires chez les éditeurs et les libraires alors que le tirage total, après la septième ré-édition atteignait 72.000 exemplaires, chiffre tout à fait remarquable au regard de la situation politique et du sujet. À cette occasion, le patron des Éditions de Minuit est menacé d’inculpation au motif de nuisance « à la défense nationale ».

En avril 1998, Jean-Pierre RIOUX, du Monde, accompagnait une nouvelle ré-édition d’un article magistral vantant ensemble le courage d’un homme torturé et celui d’un éditeur qui s’était déjà largement distingué en 1942 en sortant Le Silence de la Mer, mais pointant d’autant plus du doigt les « défaillances politiques et les lâchetés individuelles des responsables civils qui ont couvert cette ruine des principes de l’État de droit ».


En fait, ce sont trois textes qui se succèdent aujourd’hui dans cette ré-édition de novembre 2008 encore due aux Edition de Minuit : d’abord une préface de l’éditeur au moment de la parution initiale, ensuite le récit d’ALLEG et enfin l’article de RIOUX. Le premier et le troisième dressent le cadre. Le second dévoile toute l’horreur du tableau.

À l’heure de la fermeture annoncée de Guantanamo, il est terrible de constater que rien n’a changé et que la description, depuis l’intérieur, des atrocités commises, ce témoignage, parmi tant d’autres, relève encore du quotidien. Même dans les pays dits « avancés » ! Oui, il existe toujours des êtres inhumains pour justifier de telles pratiques au motif qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et que l’intérêt supérieur de la nation commande.


Certes, en face, les imbéciles de même calibre sont au moins aussi nombreux et tout à fait capables d’atrocités au moins du même ordre. Mais nier à ce point l’être humain n’est justifiable ni par un camp ni par l’autre, pas plus pour de motifs politiques que religieux ou de sûreté nationale.

Il n’est pas question là de fictions. Il y a des tortionnaires dont on a peine à croire que leur visage ne les effraie pas devant la glace le matin en se rasant.

Des exécutants certes, mais suffisamment sadiques pour, forts de leur force à défaut du bon droit, ne faire preuve d’aucune retenue, ni, à plus forte raison, d’un quelconque remord. Il n’est pas supportable que l’armée, et le pouvoir politique censé la contrôler aient pu cautionner ces agissements. Or, en plus, ils ont prétendu le faire au nom de l’intérêt de l’État, donc du mien alors que je ne suis pas d’accord : je ne leur ai jamais donné ce mandat.

Ce que Jean-Pierre RIOUX met en valeur, dans ce texte d’Henri ALLEG, c’est l’absence de prosélytisme partisan. Il n’y a pas de propagande dans ce texte alors qu’il eut été si facile de l’y glisser. Cela n’aurait rien ajouté à la force des mots, mais aurait peut-être diminué l’universalité du propos. Non, c’est seulement le cri d’horreur (et de douleur aussi bien sûr) d’un homme face à tant d’ignominie.

Cette lecture est édifiante et indispensable. Au moins autant que la lettre de Guy Moquet. Car l’ennemi est autant extérieur qu’intérieur et l’un comme l’autre méritent notre vigilance la plus extrême pour ne pas offrir à nos enfants un monde où l’indignation face à cela ait non seulement disparu mais ne puisse pas seulement s’exprimer. Je sais que cela n’est pas une conclusion optimiste, mais j’ai bien envie de dire moi aussi que « plus je connais les hommes, plus j’aime les bêtes ». Et l’Histoire n’est pas vraiment faite pour me ramener à des sentiments moins « anthropo-centrifuges ».


Retrouvez La Question sur Place des libraires



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