La recette de Stein, Sylvain Coher

Clément Solym - 09.09.2009

Livre - recette - Stein - Sylvain


Stefan Poinçot a rencontré Stein il y a des années de cela ! Sur un bateau, au beau milieu de la Manche, entre France et Angleterre. À l’issue d’une soirée copieusement arrosée, Stein lui a laissé sa carte en l’assurant de ne pas hésiter à l’appeler quand il « serait prêt ». Stefan avait lu sur la carte : « Conseil aux entreprises ». Et des coordonnées à Paris, Londres et New York. Stefan avait gardé cette carte.

Puis, longtemps après. Très longtemps après ! Après avoir épousé Estl. Après avoir eu, avec elle, Sibil, Agat et Jil. Un jour, il en avait eu marre. Un jour, il était devenu un de ces « Français sur deux » qui, selon un sondage auquel Stein se référait, « souhaitaient changer de vie ». Alors, il avait appelé Stein.

Et aujourd’hui, méthodiquement, appliquant une à une les consignes de Stein exposées dans la lettre qu’il a reçue (il n’a, en fait, jamais revu Stein), Stefan coupe un à un tous les ponts qui le relient à son ancienne vie : sa femme, ses enfants, son petit chez lui, son boulot. Tout. Il abandonne tout ce qui a fait longtemps son quotidien. Il rompt toutes les amarres. Appelle un taxi. Et quitte son passé ! Et dans le taxi qu’il a appelé, se faisant passer pour un mal-voyant afin de brouiller un peu plus les pistes, il se laisse conduire vers un nouvel avenir. Vers un horizon où il va enfin se débarrasser de son triste passé qui, visiblement, lui a pesé.

Sylvain Coher  Remue Net©
En fait, la recette que Sylvain COHER nous propose au travers des directives données par Stein à ceux qui se résignent un jour à faire appel à lui, c’est essentiellement d’aller prendre une superbe cuite avec un alcool très fort dans un hôtel bien isolé - perdu peut-on aller jusqu’à dire - dans une banlieue maussade et brouillardeuse au Sud (ou à l’Ouest ?) de Paris !

D’ailleurs, à la réflexion, l’accès à cet hôtel ressemble un peu à une impasse dans laquelle débouche une porte qui n’a pas de poignée pour effectuer le voyage de retour. Pourquoi Stefan est parti, je ne sais pas trop. Qu’est-ce qui a bien pu provoquer un raz le bol aussi considérable ne m’est pas apparu très clairement. Quels sont les objectifs poursuivis par Stein, je ne sais pas trop non plus. Baiser une Estl un peu déboussolée par le départ inexpliqué de Stefan ? Cela ne peut pas être le seul motif, mais les autres me sont restés opaques.

Pourquoi, d’ailleurs, Stein habite-t-il régulièrement dans une voiture de location ? Et c’est quoi exactement son activité de Conseil ? Comment Estl peut-elle accepter si aisément le départ de Stefan et voir Stein le remplacer aussi vite, je ne sais pas non plus ? En tout cas, les seuls qui ont une réaction face à cette fuite semblent être les enfants pourtant partagés entre ce père disparu et cette mère un peu facilement consolée.

Quel est ce paradis perdu vers lequel Stein semble prêt à envoyer tous les candidats au départ, je ne sais pas vous le dire. En tous cas, il ressemble plus à une prison qu’à un paradis ! Une prison où, bientôt, chaque évadé de l’autre monde risque de se retrouver face à lui-même, seul au milieu de tas d’autres congénères, sous la surveillance (???!!!) d’une hôtelière elle-même abandonnée par son mari ! Hop ! Espoir ! Il y aurait donc tout de même une possibilité de sortir de cette nasse ? Mais pour aller où ? Dans quel autre paradis ? Le précédent ? Celui d’où on vient ? Préparé par qui ?

C’est, quelque part, une vie sinistre, voire glauque, que Sylvain COHER offre en remplacement d’une autre vie que chacun a souhaité quitter parce qu’il la trouvait insupportable. Quel avenir ! Quel sinistre pessimisme ! Je n’ai pas vu grand-chose d’autre dans ce roman, et, pour tout dire, je me suis un peu ennuyé.

Au fond, je préfère mon quotidien avec ses hauts et ses bas !


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Ce livre fait partie de la sélection du Prix Lignes d'horizon (en savoir plus)