La révolution, messieurs, mais celle des savants !

Audrey Le Roy - 19.06.2020

Livre - revolution des ciences - Jean Luc Chappey - Librairie Vuibert


HISTOIRE - Une idée un peu saugrenue pourrait laisser croire qu’à part des têtes qui tombent, il ne s’est pas passé grand-chose pendant la Révolution française. Qu’à grand renfort de Terreur, personne n’osait créer, penser et prendre des initiatives. Le professeur d’histoire des sciences, Jean-Luc Chappey, tend à nous démontrer le contraire en publiant aux Éditions La librairie Vuibert un livre qui recense les grandes avancées scientifiques du moment, La Révolution des sciences – 1789 ou le sacre des savants.
 


Et si, hélas, de grands savants sont tout de même passés par la guillotine, à l’image du père de la chimie moderne, Lavoisier (exécuté comme fermier général et non comme scientifique par ailleurs), force est de constater que de nombreuses avancées liées à cette époque font aujourd’hui partie de nos vies. « Jamais une période n’avait accordé autant d’importance aux physiciens, mathématiciens, médecins ou linguistes. Jamais les sciences et les savoirs n’avaient été érigés en outils de transformations de la société. »
 
Portrait d'Antoine-Laurent Lavoisier et de sa femme, commandé en 1788 à David par celle-ci, son élève,
aujourd'hui au MMA de New York.


Saviez-vous que c’est sous la Révolution que naissent nos départements ? C’est un certain Jacques-Guillaume Thouret, député de son état, qui présente le 29 septembre 1789 ce plan à l’Assemblée nationale, le but étant qu’à « chaque territoire correspond désormais à une circonscription au sein de laquelle certains citoyens – les actifs – sont appelés à voter et à élire leurs maires et leurs députés, mais aussi leurs curés, leurs évêques ou leurs juges. ».
L’idée sera adoptée le 15 février 1790, non sans avoir été le sujet de nombreux débats… mais nous n’avons guère fait mieux lors des récents redécoupages de nos régions.
 
Saviez-vous que c’est sous la Révolution que la France s’est appropriée le système métrique ? « En 1789, la France se caractérise par une telle variété de mesures qu’il est impossible d’en dégager une cohérence : pouce, pied, coudée, are, aune, perche, verge, arpent, hectare… » C’est Talleyrand qui proposera le 9 mars 1790 de créer un nouveau système de mesure. Là encore l’aventure fut longue et complexe mais le 7 avril 1795 est institué le système métrique décimal. Système aujourd’hui quasi international.
 

Estampe de 1800 montrant l’usage de six nouvelles unités de mesure
et leur équivalence avec les mesures anciennes.


Mais quitte à jouer la carte de l’uniformisation, il était nécessaire de commencer par faire en sorte que tout le monde parle français … en France. Adieu donc patois ! « Être partisans de la Révolution, c’est parler français » et cela se fera à grand renfort de chansons, pièces de théâtre, publications, etc.

C’est aussi le moment où les handicapés cessent, du moins pour un temps, d’être mis au ban de la société. Les sourds, muets et aveugles se voient doter d’institutions qui cherchent à les former à des métiers. Le langage des signes, initiés par Charles Michel de l’Épée, est de mieux en mieux développé et devient par là même le premier langage universel. Les maladies psychiatriques font aussi l’objet d’étude et les personnes atteintes de désordres mentaux ne sont plus considérées comme folles ou possédées mais comme des malades à soigner si possible. « La période révolutionnaire constitue un moment fondateur dans l’histoire des handicapés et de leur pleine intégration dans la nation. »
Charles-Michel de L'Épée, fondateur de la première école publique pour les sourds.

Une autre notion apparaît, que nous pensions peut-être plus contemporaine et pourtant : le bien-être animal ! Les animaux sont utiles à la ville comme à la campagne ou encore sur les champs de bataille. Ils servent aux transports de personnes et de marchandises, à l’agriculture, bref ils sont partout. Il s’agit donc de « repenser en profondeur la place de l’animal dans la communauté des citoyens en dénonçant les violences qui lui sont faites, voire en mettant en cause certains modes d’alimentation en particulier la consommation de viandes ».
 
Voici ici cités quelques exemples mais la liste des évolutions est bien longue et concerne l’éducation ; les progrès de la médecine notamment vis-à-vis des blessés de guerre et de l’hygiène ; la collecte des savoirs via les musées, bibliothèques ou encore la compréhension du monde grâce aux expéditions.
 
Oui la Révolution a fait tomber de nombreuses têtes, trop assurément, mais certains ont su la garder bien ancrée et ont ainsi permis par leurs innovations, leurs créations, parfois malheureuses, parfois honteuses même, faire avancer les sciences et la compréhension que nous en avons. Même un Bonaparte, « grand fossoyeur de la Révolution » n’arrivera pas à mettre totalement à bas l’héritage de cette période de grands chambardements.
 
L’Histoire est ainsi faite, elle est la somme des bons et des mauvais choix de nos ancêtres. Il ne s’agit pas de la refaire, de la juger mais de l’étudier pour faire le tri de ce qui est positif et constructif pour l’humanité de ce qu’il ne l’est pas, à bons entendeurs…
 
Un livre passionnant, enrichissant, collectant de nombreuses données tout en sachant rester accessible. Un livre qui nous fait réfléchir et bien souvent, aussi, nous dire « ah, ça vient de là ? ».

Jean-Luc Chappey - La Révolution des sciences – 1789 ou le sacre des savants - La librairie Vuibert - 9782311102437 - 21,90 €


Commentaires
La Révolution, c'est aussi l'appel aux savants pour comment trouver les premiers moyens de tueries de masse (notamment pour la Vendée) avec les essais (heureusement infructueux à l'époque) de gaz, d'explosifs et bien des idées qui seront reprises plus tard quand la technologie sera là.
Sujet intéressant, mais qu'est-ce que c'est que ce titre ??? Il y a-t-il une référence historique qui justifie le "Messieurs" ? J'ai peut-être manqué quelque chose...

Moi aussi j'aimerais une révolution, mais dans les médias : que ceux qui prennent la parole pèsent leurs mots. Ce sont vos mots et vos modèles qui permettront de réconcilier, entre autres, les femmes et les Sciences.

Une pirouette journalistique ne justifie pas d'oublier 51 Þ la population. Je me demande d'ailleurs si les lecteurs d'Actualitté ne sont pas, en grande majorité... des lectrices wink
Vous avez oublié... les enfants !

Vous avez vu le sujet ? La Révolution. Il n'y avait pas (ou si peu) de femmes scientifiques à l'époque. Le titre est donc totalement justifié.

Vous faîtes une erreur grossière : réécrire l'histoire à l'aune d'une vision contemporaine. C'est le mal du moment ou l'art de tout réécrire pour complaire à certains groupes de pression.

Dernière étape : 1984...
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Pour approfondir

Editeur : Vuibert
Genre : sciences &...
Total pages : 352
Traducteur :
ISBN : 9782311102437