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La robe bleue, Michèle Desbordes

Franck G Bessone - 10.07.2008

Livre - robe - bleue - Michele


De ce livre, on retient d’abord la forme des paragraphes sur les pages qui se répète comme une succession de blocs massifs et durs, si durs qu’il faudrait un burin pour les sculpter. Et puis on entre dans cette masse compacte et on est entraîné par la phrase lancinante qui s’écoule, hésite, se reprend, poursuit, pour dire l’enfermement et la folie, peut-être.



 
Les mêmes mots reviennent de page en page, les mêmes expressions, les mêmes gestes que cette femme, trente ans durant a répétés : tirer une chaise devant le pavillon, s’asseoir, immobile, les mains croisées et attendre.

Pas un mot n’est prononcé. Aucun dialogue, si ce n’est ses dernières paroles à son frère chéri.

Pourtant, il y a les passages lumineux, ceux du souvenir de quand elle était belle, quand les artistes (sculpteur, musicien) l’admiraient, quand le génie l’animait et lui faisait braver la bienséance et les condamnations de sa mère bien pensante pour vivre sa passion. Passion pour un art dévorant et pour un amant, que par orgueil sans doute, ou par griserie, « Oui, sans doute était-ce de griserie qu’il s’agissait, et aussi de cette opiniâtreté à obtenir ce qu’elle voulait, quand l’interdit, le réprouvable, étaient là à deux pas » , elle mena à la reddition.

Sans que rien ne soit dit, au détour de cette pensée qui se souvient, en suivant de longues circonlocutions névrotiques, on apprend que peu à peu elle se perd. On découvre ce que fut la passion de cette jeune fille aux yeux bleus et aux longs cheveux noirs avant qu’elle ne s’enferme avec ses chats, ne s’alimente plus, ne se lave plus et finit par être internée.

On imagine son ivresse lorsqu’elle courait sous les yeux de son amant fasciné sur les longues plages du Nord. On comprend ses heures de travail à polir la pierre, à sculpter les visages ou les corps enlacés. On découvre le travail de forcenée qu’elle choisissait qui l’obligeait à transporter des monceaux de terre, à travailler debout des heures durant, son corps tout entier engagé dans ce pénible labeur.

Au fil des pages, on découvre qu’il s’agit de Camille Claudel et de son maître Rodin. On apprend l’attitude incroyable de sa mère qui pendant plus de quinze ans resta indifférente aux supplications de sa fille pour la sortir de l’hospice où elle était internée et celle de son petit frère tant aimé qui pouvait passer de longues années entre deux visites à l’asile d’aliénés de Montdevergues. Et l’on compte avec elle, qui note sur son petit carnet, les années des visites, 1915, 1920, 1925, l’été 1927, l’été 1928, les étés 1930, 1931, 1933, 1935 et , le dernier de tous, l’été 1936.

Michèle Desbordes avait ce talent merveilleux de nous rendre Camille présente avec ses doutes, ses déchirures, sa passion, et son « inordinaire solitude » par les mots, par le rythme et par la phrase. On sait peut de choses en refermant la dernière page, peu d’anecdotes sont décrites, mais peut être a-t-on senti ce regard pénétrant sur nous posé : « On la voyait dessiner dans les rues et les cours, les jardins où elle ne faisait qu’aller les yeux grands ouverts, on n’avait jamais vu, disait-on, quelqu’un s’intéresser autant à ce qui l’entourait, et aller les yeux si grands ouverts. »
 

La robe bleue - Michèle Desbordes - Verdier éditions - 9782864325031 6,50 $




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