La science des cauchemars, par Véronique Dorey et Véronique Ovaldé

Anahita Ettehadi - 13.10.2016

Livre - La science des cauchemars - Véronique Dorey - Véronique Ovaldé


Après Quatre cœurs imparfaits, le duo Véronique Ovaldé et Véronique Dorey signe un nouveau roman graphique tout aussi angoissant que le premier : La science des cauchemars, publié aux éditions Thierry Magnier. 

 

 

 

Une jeune fille de dix-sept ans, un peu crédule et avide d’inconnu, abandonne Mexico – avec pour seuls bagages quelques babioles porte-bonheur de sa grand-mère – pour se rendre à Santa Colonna dans l’espoir d’assister à une étonnante éclipse solaire. Seulement elle s’aperçoit très vite qu’on lui a menti, aucun phénomène de ce genre ne va se produire dans les environs. Déçue et fauchée, la jeune fille décide de rester à Santa Colonna et en profite pour visiter la ville. 

 

Le contraste de vie entre les habitants est stupéfiant  : tandis que la plupart des gens vivent soit dehors soit dans des mobiles-homes de fortune, les autres sont à l’abri dans leurs villas modernes, érigés sur les hauteurs. La narratrice, quant à elle, a trouvé refuge dans un petit bateau abandonné. Malgré ces conditions plus que modestes, elle ne regrette pas d’avoir quitté sa ville natale et se met en quête d’un travail.

 

C’est au cours d’une de ses promenades qu’elle va rencontrer Irma  ; cette dernière va lui parler de Roberto Apolinario, un homme aveugle d’un certain âge, à la recherche d’une femme pour lui faire la lecture. La narratrice plonge alors dans l’univers torturé de cet inconnu aux mille et une phobies… 

 

La science des cauchemars ressemble à carnet de voyage sordide recueillant les notes et les croquis, réalisés sur le vif, des étapes du séjour de la narratrice ainsi que des nombreux cauchemars de Roberto Apolinario. Un carnet de voyage ou peut-être à un petit traité de médecine, l’auteure faisant régulièrement référence au corps humain à travers des images charnelles et chirurgicales.

 

Véronique Ovaldé sait de quelle façon déstabiliser le lecteur, le mettre profondément mal à l’aise, abordant des sujets actuels – tels que la pornographie, la maladie, la pauvreté – tout en instaurant une atmosphère glauque et dérangeante de par sa plume délicieusement acerbe. 

 

Le trait fin de Véronique Dorey – aussi délicat que le grain d’une photographie en noir et blanc – renforce l’aspect malsain, presque prohibé, du récit. Le lecteur est un voyeur, qui trouve un certain plaisir à faire intrusion dans l’intimité de ce vieil homme en décomposition, devenue bête de foire. Véronique Dorey dépeint Roberto Apolinario comme un personnage à la fois inquiétant, vulnérable et pathétique, désirant à tout prix s’en sortir, mais se laissant toujours submerger par ses frayeurs. Comme s’il trouvait un quelconque réconfort dans ses abominables rêves. Comme si ces images ne pouvaient se dissocier de son corps… 

 

Ce carnet, somptueusement illustré et empreint de poésie noire, est un moyen de matérialiser, d’étudier, de disséquer les cauchemars pour enfin les canaliser et ainsi faire en sorte qu’ils n’aient plus d’emprise sur l’esprit. Une sorte de clefs des songes – des ténèbres  ? –, exclusivement réservée aux adultes. Une pépite. 

 


Pour approfondir

Editeur : Thierry Magnier
Genre : litterature...
Total pages : 56
Traducteur :
ISBN : 9782364749399

La science des cauchemars

de Ovalde, Veronique ; Dorey, Veronique

Une station balnéaire mexicaine sur la côte Pacifique, un peu décatie ; un ancien acteur porno aveugle hanté par des cauchemars ; une jeune touriste à qui Roberto Apolinario les raconte pour les dissiper.Voilà l'histoire écrite par Véronique Ovaldé, illustrée par Véronique Dorey. La magie fonctionne, les dessins en contrepoint du texte plus léger sont d'une inquiétante précision, alternant avec des scènes plus quotidiennes.Un bel objet.

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