La servante du Seigneur : au Nom du Père, de la Fille et du Saint-Esprit

Juliette Namias - 07.10.2013

Livre - famille - religion


 « Tu étais charmante et drôle. 

Elle est devenue une dame grise, sérieuse comme un pape. 

Elle est sévère, elle plaisante moins, elle est dogmatique, autoritaire, elle aime bien faire la morale aux autres. 

Les autres, ceux qui ont toujours tort. » 

 

Le ton est donné, les reproches posés. Le changement ou l'évolution de Marie, la fille de Jean-Louis Fournier, est le sujet de son dernier livre : La servante du Seigneur. L'auteur alterne entre le « tu » et le « elle » s'adressant à la fois à Marie elle-même et  à ses lecteurs. Des lecteurs qui ont probablement lu Où on va Papa(Prix Fémina) et Veuf.

 

Le premier ouvrage raconte la vie de ses deux fils handicapés, le second retrace le décès de Sylvie, sa compagne. On ne peut nier que le malheur a accompagné Jean-Louis Fournier plus que de juste et l'écriture apparait alors comme l'exutoire idéal. Le texte est vif et tranchant. Cependant, ce dernier opus a un petit quelque chose de dérangeant, d'impudique dans lequel les deux autres ouvrages ne s'étaient pas dénaturés.

 

« Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle…

Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n'est plus la même. Elle veut être sainte. »

 

Une sainte qui ne travaille plus, qui passe ses journées à prier cependant qu'elle réclame un 4 X 4 pour son petit Noël. Mais une fille qui a su être là pour son père lorsque ce dernier à perdu sa compagne. Jean-Louis Fournier souffle le chaud et le froid, crie son amour et feule d'impatience, dégaine l'humour cynique pour mieux hurler son incompréhension et sa souffrance.

 

Il ne s'épargne pas non plus, peu avare de reproches vis-à-vis de lui-même mais nostalgique, il appelle sa fille de suppliques « Reviens avant que je m'en aille ».

 

Un droit de réponse de sa fille clôture le livre, 5 pages publiées intégralement et écrites par Marie :

"Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un père qui offre sa propre fille au monde entier après l'avoir défigurée. En tant que « chef-d'œuvre » cubiste de Jean-Louis Fournier, j'aurais préféré que ce dernier le garde accroché dans sa maison. Il avait promis. Par générosité, il a voulu en faire profiter tout un chacun. M'y résigner était le prix à payer pour garder un père, même si j'en ressors flétrie."

 

Cet ouvrage a ceci de réussi que l'on entend et le père et la fille. On n'a pas envie de prendre partie. Mais on devine dans la réponse de Marie le même talent lapidaire, expéditif, le même humour. De là à conclure « tel père, telle fille », il n'y a qu'un pas que nous n'oserons pas franchir. Mais la tentation, cependant, est grande…