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La servante écarlate, de Margaret Atwood : toujours phénoménal

Mimiche - 15.01.2018

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Un futur indéterminé, mais potentiellement pas si éloigné que cela. L’exposition des hommes et des femmes à des agents chimiques perturbateurs et reprotoxiques a entraîné une stérilisation progressive, mais généralisée de tous. Seuls quelques hommes et quelques femmes sont encore fertiles.

 

Alors la société s’est auto-transformée au motif de ne pas disparaître totalement, profitant de cet état de stress collectif pour empiéter chaque jour un peu plus sur les libertés individuelles.




 

Et les vieux démons ont revu le joue au fallacieux prétexte de la survie de l’humanité, pour répondre à l’impératif de la reproduction du cycle de la vie : de nouvelles ségrégations ont ainsi été justifiées, de, nouveaux asservissements, de nouveaux interdits, dont les femmes sont les premières à subir les implications.

 

Defred fait partie de ces femmes qui ont été dressées à leur futur emploi par d’autres femmes dans une sorte de pensionnat à caractère quasi carcéral pour faire partie des Servantes Écarlates ainsi nommées, car affectées à des familles dont le chef fait partie des castes dirigeantes. Servante, elle le sera afin d’assurer la Reproduction : lors d’un cérémonial périodique où, enserrée entre les jambes de la maîtresse de maison, elle subit l’assaut du Commandant-mari dans l’espoir que, au cours de sa période d’affectation, elle procréera pour le compte du couple d’accueil.

 

Écarlate parce qu’engoncée dans un habit de fonction rouge vif qui enveloppe tout son corps et réduit ses libertés de mouvement dès lors qu’elle quitte sa chambre-cellule.

 

Surveillée de près par les Yeux aux jugements et aux méthodes expéditives, une énorme pression pèse sur ses épaules et restreint toute capacité de rébellion de celle qui, pourtant, fut autrefois une femme libre, fille d’une mère militante et engagée. Séparée de son compagnon et de sa propre fille peut-elle seulement avoir assez confiance en son alter ego affectée à une maison voisine et avec qui elle est seulement autorisée à faire des courses faméliques dans des boutiques aux étals dégarnis ?

 


Dans le droit fil d’Huxley ou d’Orwell, Margaret Atwood nous présente un monde à faire dresser les cheveux sur la tête tant il semble découler d’évidences incontournables par lesquelles les sophistes sont capables de créer un monde par la force de raisonnements diaboliquement détournés de leur conclusion rationnelle.

 

Pour ma part, je considère que c’est un cri, un appel à la vigilance pour empêcher ces dérives radicales. Tout, mais pas ça. Pas d’errements religieux ? Pas de déraillement politique. Il n’est ni acceptable de basculer vers une dictature ni acceptable de sombrer dans le fanatisme religieux.

 

Et cette vigilance est indispensable, car le viol accepté sous couvert de survie de l’espèce n’est pas moins un viol que ce dont des femmes font aujourd’hui état de la part de prétendues éminences religieuses de tous poils.

 

Brisées par un pouvoir machiste qui lui a quasi enlevé tout pouvoir d’auto-détermination, culpabilisée par un discours qui justifie tout au motif de l’obligation de participer) l’indispensable enfantement, affaiblies par l’isolement, la surveillance, les menaces et les sanctions, ces femmes n’ont plus d’autre horizon que d’être des matrices ici un jour, là demain.

 


Ces femmes sont notre demain en perspective si nous ne sommes pas capables d’empêcher Bayer et Monsanto de nous empoisonner à petit feu, si nous, ne sommes pas capables de mettre un coup d’arrêt à toutes les dérives liberticides qui noircissent trop souvent notre quotidien.

 

Ce livre a été écrit en 1985.

 

Il est toujours surprenant de voir comment les auteurs de fiction d’anticipation ont toujours vu arriver avant tous leurs contemporains les dérives de la société humaine. Margaret Atwood fait sans conteste partie des maîtres du genre.


Margaret Atwood, trad. Sylviane Rue – La Servante écarlate  – Editions Robert Laffont – 9782221203323 – 11,50 € / Ebook 10,99 €




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La Servante écarlate

de Margaret Atwood

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, " servante écarlate " parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s'est vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n'est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n'a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d'oeuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid's Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique. " Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d'une lumière terrifiante l'Amérique contemporaine. "Télérama

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