La stagiaire, Serge Safran

Clément Solym - 21.10.2008

Livre - stagiaire - serge - Safran


Philippe Darcueil est Directeur d’une petite boîte dont on ne sait pas trop ce qu’elle fait, mais ce n’est pas important.

Il a des correspondants à Séoul et à Montréal, voyage donc régulièrement à l’étranger pour les rencontrer, mais aussi à Barcelone, à Séville ou ailleurs. Mais ce n’est pas important.

Dans ses bureaux, il y a surtout des personnels féminins. Mais cela non plus n’est pas très important.

Il va régulièrement dans des réceptions où il est invité du fait de ses fonctions. Mais ce n’est pas, non plus, important.

Marié, passé cinquante ans, il baise régulièrement sa femme avec laquelle il a construit une vie équilibrée où chacun trouve son compte. Ce n’est pas très important, mais cela a quand même un peu d’importance.

Et puis il y a Charlotte ! Charlotte qui est une jeune stagiaire de vingt-quatre ans, brune aux yeux verts, belle à faire damner un saint, qui hésite à le tutoyer, mais qui se laisse aller parfois entre deux voussoiements, qui paraît ne pas être indifférente à sa personne (mais est-ce à l’homme ou à la hiérarchie ?), qui profite de la fin du printemps et de l’été qui arrive pour aborder des tenues si jeunes (elle montre son ventre entre la jupe et le caraco !), si colorées, si délicieuses.

Et ça, c’est très important !



Serge LAFRAN nous entraîne dans le « Journal » que ce quinqua s’est mis à écrire pour confier au papier les errements sentimentaux qui croissent dans sa tête (mais aussi ailleurs, ce dont bénéficie parfois son épouse qui n’en demande pas tant, mais que cela déstabilise un peu quand même, car trop inhabituel) au point de l’obséder à toute heure du jour et de la nuit.

Complètement retourné par la belle Charlotte qu’il est le Philippe ! Sauf qu’il a du mal à franchir le pas, pour l’instant, à cause, entre autres, de ce confort conjugal acquis et des tracasseries du mystère qu’il faudra inventer pour pouvoir jouir ((ben oui quand même) de cette situation encore en devenir et que le comportement de Charlotte ne donne pas à démentir de l’issue. Mais aussi à cause du regard de toutes ces femmes qui arpentent les couloirs du bureau et dont il semble bien que certaines, derrière leurs sourires entendus, ont le nez plus fin que d’autres…

Amoureux le Philippe ? Allons donc ! Pire que cela. Accro ! Il a des idées lubriques que ne manquent pas d’affoler encore un peu plus le profil du joli cul de Charlotte ou encore son décolleté plongeant qui offre au regard fiévreux de Philippe deux petits seins charmants entourés de dentelle…

L’inviter au restaurant ? À midi ? Le soir ? À un cocktail ? Cela pose dilemme. Mais comment se déclarer autrement ? En tout cas, il ne faut pas tarder, car le stage de Charlotte ne durera pas éternellement ! Et il y a quand même une sacrée différence d’âge ! À laquelle elle ne donne pas l’impression d’attacher une quelconque importance. Mais elle n’a pas complètement dévoilé ses batteries. Le fera-t-elle la première ? Y-a-t-il ou pas convergence des sens ? Comment cela se passera-t-il s’il y a finalement méprise dans le partage des sentiments ?

C’est à cette superbe valse-hésitation que nous convie Serge LAFRAN en nous entraînant dans tous les fantasmes de cet homme qui se débat dans une vision des relations homme-femme dont on peut clairement penser qu’elle n’est pas totalement dans l’air du temps, dans le comportement des jeunes aujourd’hui. Faut-il avoir autant d’appréhension ?

Mais faut-il aussi risquer de jeter aux orties une vie péniblement construite et difficilement stabilisée ?

Le fera ? Le fera pas ? La sautera ? La sautera pas ? Le chemin est tortueux qui mène à l’aboutissement des histoires et je vous laisse découvrir celui-là.
La démarche, le style, le propos ne manquent pas, comme Charlotte, d’un charme certain.