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La Toubabesse : "le tableau très incorrect d’une Afrique excessive en tout"

Mimiche - 22.02.2017

Livre - corruption - Afrique du Sud - société


Esther est originaire d’un quartier populaire de Johannesburg où depuis quelques temps déjà, malgré son jeune âge, elle valorise au mieux ce que la nature lui a donné de meilleur : “des jambes de gazelle, un cou et des épaules d’une blancheur d’albâtre et un ravissant visage à faire des couvertures de magazines”. Pas que le visage, d’ailleurs.

 

Une orientation professionnelle, conséquence d’un père absent et d’une mère trop souvent pochtronnée qui n’avait pas aussi bien réussi son éducation que Béatrice, laquelle l’avait introduite dans le métier jusqu’à ce qu’un petit maquereau prenne la situation en mains.

 

L’inconvénient de ces hommes-là est qu’ils ne gèrent pas très bien leurs relations avec la police. Aussi, Esther s’était-elle trouvée avec un important besoin d’argent pour le sortir de taule, ce qui l’avait amenée à déborder d’activités.

 

Et se retrouver dans une chambre de l’hôtel Michelangelo avec un costumé Noir à Weston en croco qui l’avait levée au bar et l’ayant trouvée à son goût, non content de renouveler l’expérience ponctuellement à trois heures plusieurs jours de suite, l’avait grassement payée pour ses services et lui avait proposé de l’emmener dans son pays du bord de mer d’Afrique pour la présenter à son Président d’ami.

 

Et, comme le dit le griot africain qui raconte cette histoire largement incorrecte, ce fut la première des grosses boulettes qui ont fini par mener le pays du bord de mer d’Afrique dans un cahot indescriptible.

 

 

Sur la première de couverture est représenté un billet fictif d’une Banque des Etats de l’Afrique Centrale sur lequel est écrit : “Brûlot Africain”.

 

On ne peut dire mieux.

 

Au point qu’il est certainement plus prudent de choisir les personnes à qui offrir ce livre plutôt que de le conseiller à la cantonade au risque de le voir passer entre n’importe quelles mains.

 

Car ce texte peut avoir (au moins) deux lectures.

 

La première, au premier degré, ne peut que confirmer les bourrins dans leur vision de l’Afrique et de la Négritude.

 

Ce serait dommage de laisser un tel récit donner du sens à tous les prêches des apôtres du racisme à deux sous, de permettre qu’il soit éventuellement utilisé (ce qu’il ne manquera certainement pas d’être par certains) pour défoncer la gueule des Noirs et enfoncer les imbéciles dans la confirmation de tous leurs préjugés généralisateurs et xénophobes et autres joyeusetés.

 

Il y a une deuxième lecture pour cet ouvrage écrit par un homme qui, semble-t-il, a beaucoup vécu dans cette Afrique qu’il tance vertement dans ces pages à la manière du “qui aime bien, châtie bien”.

 

Et si ce biais de lecture est pris (je ne nie pas qu’il faille parfois se faire violence car, définitivement, Louis-Ferdinand DESPREEZ n’y va pas de main morte), alors on rentre dans une histoire irrévérencieuse où est grande ouverte la “boîte à baffes” dont personne ne sort indemne.

 

Ni les Blancs qui ont mis le bazar sur cet immense continent, ces “toubabs” qui, après avoir “tiré les fils de la pelote coloniale”, ont ensuite joué avec des “marionnettes post-coloniales” leur vendant  “des couteaux et des cartouches” ou leur subtilisant une “forêt de contreplaqué” ou un “champ pétrolifère à pomper”. Ces “dignitaires toubabous (…) lèche-majesté” viennent là, jouer les humanitaires après avoir été ailleurs médecin-ministre (sic) pour financer l’élection d’un futur ami de trente ans ou pire encore

 

Ni les Noirs qui ne s’en tirent pas à meilleur compte ne s’offusquant en rien de “l’injustice normale”, se complaisant dans “la rhétorique du menteur professionnel nommé au suffrage universel” ou se lançant dans des “propos abscons et confus de révolutionnaires analphabètes”.

 

Personne n’est épargné, pas même la malheureuse Esther qui, Africaine Blanche dans une Afrique Noire, ne comprend pas tout à la politique qu’elle confond avec les bons sentiments mais au service desquels elle veut dépenser sans compter un argent dont elle n’a cure de savoir d’où il vient.

 

Profitant de la liberté de parole de son griot-narrateur, Louis-Ferdinand DESPREEZ se lâche et livre un récit amer, désespéré (mais pas complètement), cru, passionné, bercé par une langue “malpolie” qui lui laisse toute latitude pour ces débordements très politiquement incorrects.

 

Mais si le fou du roi ne s’autorise pas les pires polissonneries, qui le fera à sa place ?

 


Pour approfondir

Editeur : La Difference
Genre :
Total pages : 288
Traducteur :
ISBN : 9782729122720

La toubabesse

de Louis-Ferdinand Despreez(Auteur)

" Dans ce livre que tu vas lire, à la gloire des petites bordelles effrontées et des hoquets de l'Histoire, Esther, une ancienne vierge de Johannesburg, blanche et belle à couper les poumons, fille de personne ou si peu, et devenue putain par nécessité, peut-être aussi par fainéantise, ou par indolence, se fait aimer à la folie d'un potentat africain vieillissant qui en fait son deuxième-bureau pour commencer, et ensuite sa légitime, en se débarrassant de sa vieille épouse vénale et aigrie. [.] Ce roitelet tropical

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