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La tour noire, de Louis Bayard

Clément Solym - 02.12.2010

Livre - paris - napoleon - vidocq


Louis Bayard nous avait raconté la guerre de Cessession avec Edgar Poe, le voici qui désormais s'attaque à Paris, avec une balade historique dans la capitale, en 1818, sur fond de Louis-Charles, dont les parents ont fini par perdre la tête en pleine révolution... Le roman est surtout intéressant pour l'intervention mythifiée de François Vidocq, ancien criminel devenu un des fondateurs de la police moderne, et directeur de l'agence de sécurité de l'époque...

Le Dr Hector Charpentier, spécialisé dans les maladies vénériennes, est vraiment ce que l'on pourrait qualifier de personnage principal improbable. D'ailleurs, il n'est pas encore médecin, mais juste élève pour le moment. Alors... Il ne tient pas vraiment du détective de renom, mais dispense un conseil des plus judicieux : ne jamais laisser son nom sur un papier, qu'on pourrait retrouver dans la poche de pantalon d'un homme mort.

C'est au détour d'une rencontre qui tourne presque mal qu'il finira par faire équipe avec Vidocq, homme au caractère un peu sombre, et surtout nourri par un ego démesuré. Et une réputation à la hauteur de cet ego. Il n'est pas, à plusieurs reprises dans le récit, sans rappeler une sorte de croisement improbable entre le Colombo en imper gris et Sherlock Holmes... Et comme ce dernier, il maîtrise l'art du déguisement sans peine.

Avec lui, le médecin français sera embarqué dans une histoire d'emprisonnement, de réminiscences historiques et royalistes et nombre d'autres secrets parfois enfermés dans des tours datant d'une autre époque... Et si l'on y retrouvera pas le scénariste de Colombo, on y retrouvera sans peine un peu de Conan Doyle et une pointe d'Alexandre Dumas, sans l'emphase de l'écriture d'alors.

Alors, attention, discours à la première personne oblige, on ne rentre pas immédiatement dans le récit, et d'ailleurs, on n'y parviendrait pas vraiment sans les blagues un peu lourdes de Louis Bayard. Cependant, les dialogues vont très vite et fusent à grande vitesse, entre deux flash-back, un journal et une correspondance... En somme, les formes sont variées, et l'on ne s'ennuie pas.


Chaque chapitre est rempli de multiples histoires et de petits mystères racontés à travers ce cher docteur. On déplorera simplement un passage central un peu longuet, mais c'est devenu une mode ces dernières années - et que l'on pardonnera aisément à cause d'une chute au roman absolument impensable... Finalement, ce couple est bien celui de Sherlock et de Holmes, mais bien moins équilibré et surtout faisant face à un crime un peu plus sombre que prévu.

L'histoire dans son ensemble fonctionne cependant bien et l'engouement des deux hommes à protéger un gamin peut-être hériter du couple royal d'alors... Rien de fantastique, mais un récit bien ficelé avec des personnages crédibles et solides. Le résultat reste inégal, entre l'intrigue et les hommes qui la font, justement. Si les personnages s'acharnent à la rendre plus vivante, cette dernière n'en reste pas moins rapidement éventée... en dépit d'un final savoureux.

Et puis, les amateurs d'ambiance en seront pour leurs frais : dans l'ensemble, le livre n'offre pas vraiment une profusion de détails, ni de décors, pour que l'on respire un peu l'ambiance parisienne d'alors. Tout juste une ébauche, une évocation, mais pas suffisant pour donner au livre quelque chose de prenant. Si vous êtes très difficile dans le domaine, la déception vous guette...

En guise de livre qui se positionne comme un thriller historique, La Tour noire est certes bien fait, mais sûrement pas une grande oeuvre.


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