La trahison de Thomas Spencer, Philippe Besson

Clément Solym - 02.06.2009

Livre - trahison - Thomas - Spencer


À nouveau par petites touches, de courts chapitres, Philippe Besson approche la relation qui va unir deux êtres, Paul Bruder et Thomas Spencer. Né le même jour, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ayant grandi ensemble dans une petite bourgade du Mississippi, leur amitié est scrutée avec finesse et pudeur, et ces deux personnages deviennent attachants, même si la narration est prise en charge seulement par l’un des deux, Thomas, et que jamais ne nous est donné à connaître le point de vue du second.

Intrigué par cette trahison annoncée, le lecteur se laisse emporter dans la symbiose des protagonistes pendant leur seize première années jusqu’à ce que surgissent les filles, et plus particulièrement Claire. Vient ensuite l’éloignement quand l’un part à l’université, et plus tard l’autre à la guerre. L’amitié profonde de Thomas et Paul survivra-t-elle aux aléas d’une vie ? Le mérite du livre est peut-être avant tout, avant son intrigue, d’avoir su montrer une amitié se développer depuis les jeunes années jusqu’à l’adolescence et l’âge adulte, d’avoir su interroger ce qui la faisait exister, et perdurer, d’avoir su montrer la palette des sentiments des deux amis ; deux êtres.

C’est en cela d’ailleurs qu’a toujours excellé Philippe Besson depuis son premier roman, et toujours le meilleur à ce jour à notre avis, en l'absence des hommes, jusqu’à son précédent Un homme accidentel, qui se passait déjà sur le continent américain et offrait une exploration du pays et sa culture, en passant par Son frère, Les jours fragiles, Se résoudre aux adieux. Décrire les relations complexes entre des êtres qui s’attirent, s’aiment, se déchirent, se sont déchirés. Amour, amitié, sentiments ambivalents, relation fraternelle. Duo, trio souvent, 2 hommes, une femme, comme dans Un garçon d’Italie. Ou comme ici.

D’où vient notre agacement alors ? Impression d’un laisser-aller à la facilité, parfois un peu plus à chaque livre, une superficialité commode – dont on s’accommoderait ? – qui passe par des banalités, des phrases toutes faites, des généralités sur les relations, une moralité peu à propos, des bons sentiments quoi, pour aller vite. Ainsi notre narrateur n’a-t-il pas peur de jouer, enfant, avec un gamin noir, sera plus tard choqué par le racisme ambiant, la ségrégation légendaire des États du Sud (nous sommes alors dans les années 50 et 60) et puis participera de loin à tous les combats ou revendications de l’époque, de la libération sexuelle à la guerre du Vietnam, etc., car pense-t-il on a le « devoir de s’abstraire de son milieu, de son éducation lorsque l’humanité [est] en jeu. ».

Un homme qui utilisera même lors de son premier rapport sexuel des préservatifs. Ça sent l’information oblique ! Un homme trop lisse, d’un bloc, comme une donnée, probablement pour contrebalancer « sa » trahison annoncée. Facilité d’écrivain.

Agacement aussi dans l’inscription de la petite histoire au sein de la grande. Ce qui aurait pû être un agencement pertinent et vraisemblable de l’Histoire des années 50 aux 70 dans le récit devient un agacement, car laisse trop l’impression d’une leçon ou d’un rappel épisodique de l’Histoire à la petite sauvette ! tout y passe, depuis l’entrée de Fidel Castro dans la Havanne en 1959 (le narrateur a alors 14 ans, le foyer ne possède pas de télévision, mais il s’en souvient), à la résignation de Nixon en 1974 : le débarquement dans la baie des Cochons, le mur de Berlin, la crise des missiles, l’assassinat du président Kennedy, celui de Martin Luther King, de Bob Kennedy, les émeutes raciales de Chicago en 68, le poing levé aux Jeux olympiques des médaillés d’or et de bronze du 200 m…
 

De même avec les événements socioculturels, Elvis Presley, Marilyn Monroe, la marijuana, le LSD, etc. Couleur locale qui parsème le roman d’une manière factice, dommage ! Par moments on y croit, rarement, et c’est ce qui fait qu’on est quelque peu déçu toutes les autres fois.



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