La vie a-t-elle un sens ? la bande dessinée propose ses réponses

Cécile Pellerin - 29.10.2013

Livre - Philosophie - Humour - Bande dessinée


Ce hors-série de la revue Philosophie Magazine propose d'associer la bande dessinée à la philosophie et tente de répondre, autant qu'il le peut, à la question du sens de la vie. Selon les auteurs de l'ouvrage, la bande dessinée serait un art métaphysique et la petite anthologie offerte au lecteur, présente, non sans humour mais avec beaucoup de sérieux et de réflexion malgré tout, plusieurs regards sur cette idée de sens (ou de non sens) que chacun peut donner à l'existence.

 

Ainsi à travers les dessins de Mathieu, Aurita, Jul, Geluck ou Berberian (sans les citer tous) et les réflexions éclairées et érudites (parfois même un peu compliquées) de philosophes, écrivains ou psychanalystes parmi lesquels Eco, Garcia, Cyrulnik ou Tisseron, chacun s'exprime, de son point de vue (philosophique ou graphique) et élabore un ouvrage pêle-mêle, plutôt original, à prendre par tous les bouts, dans tous les sens au risque peut être de se perdre un peu, d'échapper à certains « éclairages » mais au final de rester libre de ses choix et de ses pages.

 

Décalée ou absurde, contestable ou complexe, drôle ou sérieuse, chaque approche a de quoi séduire et susciter des envies de lecture, graphiques ou non, et dévoile au lecteur quelques clés pour apprendre à lire entre les bulles.

 

« Le dessin parvient à ce degré d'abstraction qui permet de toucher à l'essence des êtres et fait de ce médium le meilleur moyen de faire de la philosophie ».

 

Alors à vos albums !

 

Et découvrez que Charlie Brown est selon  Umberto Eco « la version de la condition humaine », que le chien Snoopy a la psychologie de l'exclu, peut être apaisé mais ne sera jamais  heureux, (« la névrose du manque d'adaptation »). Reconsidérez Rantanplan grâce au regard inédit de Boris Cyrulnik, appréciez la liberté et la générosité de Lucky Luke, son humanité dans un « western sans cadavres » et remettez en doute, comme Paul Clavier,  la paranoïa sécuritaire qui s'installe dans nos sociétés.

 

Lisez l'analyse très intéressante d'Agnès Gayraud sur la nécessaire reconquête de la mémoire suite à la seconde guerre mondiale exprimée par une soif de justice dans Gen d'Hiroshima ou à travers la difficulté de communiquer entre générations sur ces faits historiques, en lisant Maus. Amusez-vous avec les machines « désirantes » de Gaston Lagaffe, bien ancrées dans l'univers freudien des lapsus,  des actes manqués…

 

Une mention spéciale pour l'univers du manga à travers l'œuvre de Tezuka et sa relation bouddhiste à l'existence. Sans pouvoir les citer tous, le lecteur appréciera, entre autres,  l'histoire complète des héros de Marc-Antoine Mathieu, perdus dans le rien, l'entretien avec Benoît Peeters ou les aphorismes inimitables du Chat de Geluck (« Dieu a créé l'homme et ensuite… Pour le remercier, l'homme a créé Dieu » ou encore « Si le type qui me dessine meurt un jour… Je me suicide »).

 

La bande dessinée comme source d'inspiration philosophique ou la philosophie pour éclairer la bande dessinée. La question est posée.