La vie aux aguets, William Boyd

Clément Solym - 19.02.2009

Livre - vie - aguets - William


1976 ! Ruth Gilmartin vit d’expédients divers avec son fils Jochen à Oxford. Régulièrement, elle va rendre visite à sa mère Sally qui vit seule dans un cottage en bordure du bois de la Sorcière à Middle Ashton, à quelques distances d’Oxford. Même Jochen s’est bien rendu à l’évidence : Sally est un peu bizarre et a un comportement souvent étrange.
 

Ce samedi-là, lorsque Ruth et Jochen arrivent à Middle Ashton, c’est pour découvrir que Sally se déplace dans sa maison, à laquelle elle a apporté quelques adaptations en conséquence, dans un fauteuil roulant, conséquence d’une suggestion du docteur Thorne qu’elle a dû consulter suite à une chute dans les dernières marches d’un escalier.

 

Mais, à partir de ce moment, l’étonnement et l’inquiétude de Ruth au sujet de sa mère, ne va que croître. Pourquoi Sally s’inquiète-t-elle de la présence supposée de personnes qui l’épieraient depuis l’orée du bois ? Pourquoi ces combines de comploteur quant à l’usage du téléphone qu’il faut laisser sonner deux fois avant de rappeler afin qu’elle comprenne que c’est bien sa fille qui cherche à la joindre ? Pourquoi l’achat de ce fusil ? Et surtout, pourquoi lui remet-elle un dossier intitulé L’Histoire d’Eva Delectorskaya en lui affirmant que cette Eva, en réalité, c’est bien elle, Sally ???…

 

Dès lors, William BOYD va nous entraîner dans deux histoires parallèles qui alternent au fil des chapitres nous faisant passer des activités des services secrets britanniques dans la période précédant le début de la Deuxième Guerre mondiale, aux années 70 qui ont déjà largement digéré cet épisode du passé.
 

Autour des activités d’un groupuscule d’espions intégré dans la British Security Coordination (BSC), défilent tous les rouages de la désinformation systématique qui auront été utilisés avant et pendant (mais aussi après, bien sûr, mais ce n’est pas l’objet du livre) la guerre afin d’intoxiquer l’ennemi qui le subodore et tente donc de neutraliser les manœuvres déployées ! Mais finalement, dans la suite des « Je sais que tu sais que je sais que tu sais… que je mens », on finit rapidement par avoir du mal à définir où sont la vérité et le mensonge dans cet entrelacs d’agents doubles, triples ou plus compliqué encore, avec pour toile de fond les désirs d’hégémonie de toutes les grandes puissances.

 

Et même si le fameux groupuscule a pour mission de manipuler les informations et la communication de celles-ci, le jeu est un jeu de guerre où la mort passe toujours à proximité : le frisson de la concrétisation de la théorie du battement de l’aile du papillon.

 

Appuyé sur des faits réels, le roman développe une intrigue géniale qui tient en haleine d’un bout à l’autre avec une qualité d’écriture superbement rendue par la traduction de Christiane BESSE. C’est un plaisir constant de suivre cette histoire en apparence limpide, mais où, encore une fois, les coups sont à plusieurs bandes et révèlent une stratégie psychologique de manipulation des uns par les autres, de haute volée.

 

En douteriez-vous ? J’ai adoré ! Ce livre fait partie de ceux qu’on ne lâche pas avant la dernière page (voire d’en sauter pour y arriver plus vite…). Certes à cause de l’intrigue, mais aussi à cause de tout le décorum dans lequel elle se développe : tout un contexte historique secret et certainement peu dévoilé depuis, tout un superbe travail de l’auteur pour insérer sa fiction dans la réalité au point de se dire, en refermant le livre qu’il n’est pas du tout impossible que cela se soit réellement passé ainsi.

 

Précipitez-vous : au tarif du livre dans cette collection, le rapport qualité/pris frise le bonheur,

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