La vie bon train : prose de gare

Mimiche - 31.12.2013

Livre - poésie - gare - train


Présenté comme un « recueil » de « prose de gare », l'ouvrage d'Etienne FAURE ne se raconte pas.

 

Raconte-t-on la poésie ? Car s'il a beau vouloir nous faire croire que c'est un recueil de prose qu'il nous offre, j'ai eu trop souvent le sentiment que c'était de la poésie que je lisais. Certes en prose, mais poésie quand même.

 

 

Au travers d'un peu plus d'une centaine de textes brefs, d'une longueur unitaire quasi identique d'une vingtaine de lignes tout au plus (encore une « règle » imposée, un peu comme une structure de sonnet), Etienne FAURE, en observateur avisé de cet établissement particulier que peut être une gare, avec ses voies, ses quais, ses halles, ses voyageurs, met en musique le mouvement, le bruit, la foule et les individus, les voyageurs et le pigeons, …

 

 

Chaque page est un sujet d'observation. La gestuelle et ses codes : « vers là », « je suis ici », « adieu », … Les attributs et leurs usages : sacs ou valises bourrés, cartables affairés, gourde accrochée à un sac à dos, … Les usagers : ceux qui arrivent ou qui partent, ceux qui sont seuls ou en retard, … Les sentiments qui s'échangent ou se gardent pour soi : la joie, la mélancolie, la tristesse, les rires, … Les machines : colorées, grises ou sales, essoufflées ou flambant neuves, …

 

Et la foule : compacte, hydraulique au point qu'il est tellement difficile d'aller à contre courant, saisonnière et périodique qui n'envahit les lieux qu'à heures fixes, dans un sens, dans l'autre, …

 

 

C'est finement observé et joliment dit. Chacun, à un moment de son voyage, s'y reconnaîtra : qui dans le gros bouquin l'accompagnant pour un long voyage, qui dans cette course effrénée contre la montre et contre un retard, qui dans l'observation de ce visage ressemblant à qui ? à quelqu'un que je connais mais qui ?, qui dans ce rural tout à coup perdu dans cette foule, qui dans ce couple de personnes âgées prenant respectivement soin l'une de l'autre.

 

Point n'est besoin d'être un fanatique de l'indicateur des chemins de fer pour apprécier cette lecture où il n'est pas question de vitesse pour cet observateur restant à quai qui s'extasie devant cette énorme masse de ferraille qu'un simple petit pois dans un sifflet parvient à faire démarrer !

 

Car la poésie n'est pas exclusive d'un peu d'humour.