La Vie de Patachon, Pierre de Régnier

Clément Solym - 01.05.2008

Livre - Vie - Patachon - Pierre


Pierre de Régnier est l’auteur d’un seul livre, si on laisse de côté toutes les chroniques dont il a été l’auteur sa vie durant. A noter que l’auteur n’est autre qu’un des petits-fils de José Maria de Heredia. Ce livre peut se lire comme un roman autobiographique même s’il n’est pas écrit à la première personne.

Dans l’Avant-propos, l’auteur nous dit : « ce que j’ose proposer au public n’a rien d’une biographie romancée, ni même d’un roman : c’est une biographie, et c’est tout. » Pierre de Régnier, à l’image de Fifi-Biquet (son alter ego dans le roman) a littéralement brûlé sa vie. Né en 1898, il meurt en 1943. Sa mère, toujours là pour éponger ses dettes, n’aura rien pu faire pour l’enlever à cette descente progressive en enfer.

Les années folles à Paris : une jeunesse dorée à la dérive

En lisant ce livre vous êtes plongés dans l’univers du quotidien d’une troupe de gais lurons dans le Paris festif de l’entre-deux-guerre. Ces années que l’on a souvent qualifiées de « folles ». L’envie d’oublier, de revenir à un état de pure insouciance. Et ce livre en est un écho admirable. Pas un mot sur la situation politique et économique du pays. Ce qui nous permet de pouvoir le situer dans le temps, ce sont les mœurs de l’époque.

L’auteur nous immerge pendant six mois dans son monde festif. Emma Patachon pourrait être qualifiée d’héroïne du roman. Même si elle n’a d’héroïne que la place que lui confèrent tous ses admirateurs. Parmi ces derniers, on retrouve un certain Fifi-Biquet, alias Pierre de Régnier, l’auteur.

Une vie de patachon :

Revenons sur l’étymologie du mot « patachon » accolé comme un nom à Emma. C’était, aux XVIIIe et XIXe siècles, un conducteur ou une personne affectée au service ou à la garde d'une patache, sorte de diligence de mauvaise qualité, lourde et lente. Il désignait aussi un douanier ou un membre de l'administration fiscale affecté à un navire de service, lui aussi appelé patache. Les patachons, toujours en route, étant réputés mener une vie déréglée et boire beaucoup, l'expression mener une vie de patachon est restée dans la langue française.


Emma Patachon est une jeune femme qui va sur ses vingt ans. Enlevée très jeune par un riche anglais, le colonel Mac Adam, elle est de retour à Paris où elle délaisse son ravisseur l’espace de six mois pendant lesquels elle se retrouve à partager la vie de noctambule de Fifi-Biquet et de tous ses camarades.

Le quotidien de la petite bande est fait de sorties arrosées et enfumées jusqu’à des heures fort matinales. Tout le monde boit sans fin. Tout le monde couche avec tout le monde. Une étude lexicale du livre ferait très certainement ressortir une fréquence inattendue d’emploi de termes comme whisky ou cigarette.

Beuveries et escapades nocturnes sans fin :

Toujours à court d’argent mais jamais à court d’idées, la petite bande va de dette en dette entre l’hôtel Banania (peut-être le Ritz) et les multiples bars et restaurants à la mode à l’époque des années vingt : chez Dupont-tout-est-bon, le Perroquet, le Grand-Ecart ou l’Abbaye Thélème. En fin de soirée, au plutôt en début de matinée, il faut mettre la main sur un taxi. A force de sortir, les chauffeurs sont tous devenus des amis de la petite bande et ils partagent toujours quelques verres avec eux…au mépris de toute prudence dirions-nous maintenant !

Pierre de Régnier dit dans son Avant-propos « ose[r] présenter au public » la réalité de la vie de cette jeunesse dorée à la dérive. De dorée, elle n’a que l’apparence car tous ne sont pas issus des hauts cercles de la société parisienne. Mais l’envie de choquer se lit dans chaque page. Et pourtant pour nous tout cela n’apparait guère choquant. Il faut replacer l’histoire dans son contexte.

Témoignage sur une époque et un mode de vie révolu :

Entourés d’un personnel nombreux (femmes de chambre, commis, chauffeurs…) les héros du roman ont bien conscience de ne pas être en phase avec les attentes de ces petites gens qui les regardent comme des extra-terrestres quand ils ont le malheur de mener sous leurs yeux une vie tout à fait dissolue. C’est aussi là que cette œuvre a valeur de témoignage sur une époque et des mœurs bien différentes des nôtres.

Même si ce livre est le récit d’une vie faite de sorties et de beuveries sans fin, il est difficile de penser tous ces jeunes réellement heureux. Tous s’autodétruisent et brûlent littéralement leur vie dans un complet décalage avec leurs contemporains restés enchaînés à une vie réglée. Ce sont ces derniers qui ne peuvent pas comprendre ces lurons assoiffés et dépensiers qui en quelques années de vie dissolue arrivent à dilapider le patrimoine familial acquis par des décennies de travail.

Voilà donc un intéressant retour dans le Paris des années folles. Néanmoins l’insistance sur la consommation d’alcool, les couchers tardifs sent quelque peu l’envie d’en mettre plein la vue à tous ceux qui passent leur temps à travailler… On retrouve aussi la gloriole de l’alcoolisme comme tous ces gens qui ont besoin de se raconter comme de grands exploits toutes ces bouteilles vidées durant la dernière soirée…




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