La vie en chantier : grossesse, enfant et vie de couple

Mimiche - 18.02.2020

Livre - Pete Fromm - vie chantier - couple grossesse enfant


ROMAN ÉTRANGER – Quand Marnie annonce à Taz que « l’aiglon a atterri », ce dernier en garde le marteau en l’air et oublie de continuer à enfoncer le clou sur lequel il était en train de s’acharner. Alors, ça y est ! Les voilà en charge d’un bout de vie en puissance qui va les rejoindre dans quelques mois.



 
La grossesse a passé comme l’éclair. Rien n’a changé dans leurs habitudes et ils sont toujours partis dans leur coin secret sur le bord d’une belle rivière où un beau plan d’eau leur offrait une eau calme en bordure d’un courant plus tumultueux. D’ailleurs, Marnie a assuré à Taz que Midge (ce sera une fille évidemment), un jour, comme elle, nagera avec eux « comme une petite loutre ».

Et si, l’un comme l’autre, ils rayonnent de bonheur à l’idée de voir s’agrandir leur cercle familial (la mère de Marnie habite bien loin de là et les parents de Taz ont émigré en Nouvelle-Zélande pour ne plus vivre dans un pays dirigé par Trump !!!...), Marnie est bien la seule à s’inquiéter du niveau d’étiage de leurs finances alors qu’ils ont encore tant de travaux à faire dans la maison qu’ils ont achetée, certes pas très cher, mais dans laquelle il y a évidemment quasi tout à refaire, du sol aux plafonds.

Alors cette nouvelle arrivante en devenir, ainsi que tout ce qui va en découler pour leur vie et leur quotidien, est une belle occasion pour Marnie de presser Taz pour avancer rapidement sur l’essentiel. Alors que l’essentiel se cache évidemment derrière tout dans la maison : chambres, salle de bain, cuisine, salon… Parce que, si Taz ne fait pas métier de procrastiner, il est quand même fichtrement en retard, de plus de deux ans, sur les promesses de travaux faites à Marnie...
 
Mais ce qui devait être le plus heureux événement du monde tourne au cauchemar : Marnie décède en couches et laisse Taz, seul, avec une adorable Midge à s’occuper. Taz, effondré. Taz incapable de partager sa douleur, son malheur, sa tristesse avec ses amis, avec sa belle mère. Taz qui s’enferme progressivement dans un isolement pathologique, créant, autour de Midge et de lui-même, une sorte de bulle à l’intérieur de laquelle personne n’est admis.


Étonnamment, alors que je n’ai pas trop aimé l’autre roman de Pete Fromm Mon désir le plus ardent auquel j’ai copieusement reproché le côté « à l’eau de rose », ce nouvel ouvrage qui flirte aussi largement avec les « bons » sentiments face à une tragédie et qui a aussi un côté « fleur bleue », ne m’a pas laissé sur la même impression et j’avoue l’avoir lu avec beaucoup de plaisir et d’intérêt.


Pete Fromm - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 
On y retrouve pourtant les mêmes ingrédients comme éléments constitutifs du « décor » : une tragédie qui survient en tout début d’histoire, un couple brisé par une de ces surprises dont la vie se croit autorisée à éreinter le monde sans crier gare, une rivière magnifique où pêcher et se baigner, un homme qui sait faire des miracles avec des outils et du bois entre les mains… Tellement de points communs et deux romans aux antipodes, m’a-t-il paru.
 
Ici, le ton a changé totalement. Un coup du destin pareil ne peut pas laisser indemne celui qui le subit. Cette chute en enfer de Taz est criante de vérité, sournoisement insidieuse. La résistance à la compassion de l’entourage semble tellement évidente, justifiée, incontournable. Et Pete Fromm nous y entraîne sans complaisance, mais sans autoapitoiement. Le ton est juste, dosé. L’épreuve est véridique. Taz et Midge jouent leurs rôles respectifs avec brio, chacun dans son registre. Avec le sentiment que rien ne peut aller autrement. Malgré les attentions des amis. Un tel malheur ne se partage pas. Même avec ceux qui (comme la mère de Marnie) le subissent aussi avec autant d’intensité.

Le temps, lui aussi, joue aussi, change la narration. Pete Fromm a abandonné le temps long d’une vie qu’il a utilisé dans Mon désir le plus ardent. Il joue sur le court et le moyen terme. Sur le temps d’un apaisement, celui d’une lente, difficile, chaotique remontée à la surface. 

Peut-être est-ce aussi à associer au message d’espoir que représente, malgré tout, la petite Midge : elle est là pour vivre, pas pour s’enterrer vivante dans le souvenir d’une mère que, de toute façon, elle ne connaîtra physiquement jamais.

Et puis, il y a les mots : sobres, sans fioritures, sans humour incongru ou sans agressivité défensive. Les tâtonnements d’un père qui apprend, à la dure et seul, son métier face à un bébé qui n’hésite pas à se comporter comme un bébé et se moque de tout, y compris de sa mère disparue, mais pas de sa faim ni de ses fesses humides !

Une fois la mort affrontée, il reste la vie à vivre par ceux qui restent. Du coup, c’est un roman plus optimiste, plus rempli d’amis et d’amitiés, plus ouvert sur l’avenir malgré l’enfermement initial de Taz. Beaucoup plus agréable à lire.




Pete Fromm, trad. Juliane Nivelt – La vie en chantier – Gallmeister – 9782351781968 – 23,60 €


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Pour approfondir

Editeur : Gallmeister
Genre : littérature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782351781968

La vie en chantier

de Pete Fromm

Marnie et Taz ont tout pour e^tre heureux. Jeunes et énergiques, ils s'aiment, rient et travaillent ensemble. Lorsque Marnie apprend qu'elle est enceinte, leur vie s'en trouve bouleversée, mais le couple est pre^t a` relever le défi. Avec leurs modestes moyens, ils commencent a` retaper leur petite maison de Missoula, dans le Montana, et l'avenir prend des contours plus précis. Mais lorsque Marnie meurt en couches, Taz se retrouve seul face a` un deuil impensable, avec sa fille nouvellement née sur les bras. Il plonge alors te^te la première dans le monde inconnu et étrange de la paternité, un monde de responsabilités et d'insomnies, de doutes et de joies inattendus.La Vie en chantier est une histoire qui touche au coeur. A travers ce troublant mélange de peine et d'amour, Pete Fromm écrit magnifiquement sur la vie qui donne toujours une seconde chance a` celui qui sait la saisir.

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