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La vie financière des poètes, James Walter

Clément Solym - 09.08.2011

Livre - vie - financiere - poetes


Ah, le rêve américain. La réussite par ses propres moyens, la vie de rêve, succès, gloire, argent et famille. Pour Matt, finalement, c'est la poursuite de ce même idéal qui le pousse à ouvrir poetfolio.com, un site qui parle de finances, en poésie. Fantastique. C'était deux ans avant que son histoire ne commence.

Ancien journaliste économique, convaincu que sa femme a une liaison avec son ancien petit ami, père de deux garnements placés dans une école catholique hors de prix, et affublé d'un père sénile, voilà qu'il perdrait plutôt de l'argent, avec cette idée.

Car la faillite n'a pas tardé à le rattraper, dès lors que la vie des marchés mondiaux a été agitée de spasmes funestes.
La crise économique est aux portes du pays, et partout dans le monde, les krachs boursiers se multiplient et les conséquences sont là pour tout un chacun.

L'économie mondiale va à vau-l'eau, autant que la société de Matt, qui, au détour d'un centre commercial, va finalement trouver LA solution. Elle est roulée dans un papier à cigarettes fin et fait bêtement rigoler... La ganja.

Et qu'importe que ce soit interdit, après tout, c'est un métier comme un autre, un peu comme d'ouvrir un bar clandestin dans les années de la prohibition. Presque un acte de résistance... Et de toute manière, il lui faut de l'argent. Beaucoup.

Sorti en 2009 outre Atlantique, le livre a reçu un accueil et des critiques mitigées. C'est vrai qu'en introduisant des citations de poètes américains, Jess Walter brosse facilement le lecteur dans le sens du poil. Le pari n'est pas non plus d'une audace folle. Tout cela donne une couleur poétique de plus.

Là où le texte enchante, c'est dans sa satire des États-Unis. C'est joyeusement ironique et les compatriotes en quête de ce rêve américain en prennent pour leur grade. Après In vino veritas, In ganja futurum ! La traduction est assurée par Jean Esch.

Jess Walter parvient à capter la panique et la frustration avec brio. Plus que de la poésie dans des conseils financiers, il combien avant tout les éléments d'une authentique tragédie avec la sensibilité d'une série ou d'un sitcom. C'est sarcastique, intelligent et plutôt réussi. Et surtout, on y découvre avec stupeur que le problème avec notre système financier, c'est justement « notre système financier ».

Comment un ancien truand en col blanc se reconvertit dans la vente d'herbe pour tenter de sauver sa peau, face à la crise mondiale, sur fond de petits poèmes en vers... Impossible de faire machine arrière, il faut avancer. Et pour Matthew Prior, héros anciennement sans emploi, c'est l'impossible qu'il va falloir affronter. Sauver son mariage, si possible, sa propre santé mentale, si tant qu'il le puisse et parvenir à préserver ses rêves de poésie.


Trailer for Jess Walter's book, "The Financial Lives of the Poets" from Jeff Bunch on Vimeo.



C'est bon de devenir fou avec lui, c'est une course-poursuite entre réalité et exagérations fumeuse, des variations de ton, un humour qui gravit les échelons jusqu'au noir bien acide, pour soudain s'arrêter net. Matt, particulièrement attachant, parle à chacun. Et tout spécialement aux gens désespérés...

(traduit de l'anglais par Jean Esch)

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