La vie sexuelle d'un Américain sans reproche, Jed Mercurio

Clément Solym - 28.04.2010

Livre - sexe - politique - amphetamines


Dans ce roman brillant, érudit, noir et hypnotique (pas moins), Jed Mercurio dresse un portrait sans compromis de la légende John Fitzgerald Kennedy. Séducteur invétéré, véritable obsédé sexuel considérant toute femme comme potentiel objet de ses pulsions. Mais aussi véritable héros, mari aimant, pacifiste convaincu et humaniste engagé. Mercurio nous conduit avec un incroyable brio dans l’esprit même du 35e président des États-Unis, rongé par des rapports de forces pour des enjeux surhumains (guerre froide, discrimination raciale, problèmes économiques…), partagé entre ses pulsions d’homme et ses convictions de géant.

Où l’on apprend que cet incroyable séducteur au physique de Ken était atteint d’un nombre impressionnant d’infections, l’obligeant à garder dans son sillage plusieurs docteurs « Feelgood » pour le droguer/doper en permanence. Qu’on en juge, la liste suivante n’étant pas le programme d’un colloque de médecine, mais une énumération laconique des affections dont souffrait JFK. On retient son souffle : maladie d’Addison, hypothyroïdie, reflux gastrique, gastrite, ulcère de l’estomac, colite ulcérative, prostatite, urétrite, infections urinaires chroniques, infections de la peau, fièvres d’origine inconnue, tassement des vertèbres lombaires, ostéoporose, ostéo-arthrite du cou ou de l’épaule, taux de cholestérol élevé, rhinite allergique, sinusite allergique et asthme. Rien que ça.

Le sexe devient un remède indispensable à ses maux, avec un inassouvissable besoin de chair fraîche renouvelée.
Ce qui n’empêche paradoxalement pas notre homme d’être réellement amoureux de sa femme, qu’il aime et admire sans discontinuer. Quant à cette dernière, son ignorance affichée des frasques de son époux n’est pas sans ambiguïté.

JFK
On y croise Marylin, folle amoureuse du président qu’elle se voyait épouser pour devenir la première dame lors d’un second mandat. L’idée du suicide, selon Mercurio, lui aurait été soufflée par la Maison-Blanche avant que sa liaison avec le président ne devienne publique.
Tout cela dans un contexte d’essors de la presse à sensation, qui conduit à la démission du Premier ministre anglais.
On se retrouve aussi happé par les échanges, décisifs pour l’Histoire, entre Kennedy et les militaires du Pentagone, partisans de la guerre quand il ne croit qu’en la paix.

John Kennedy, avec sa santé fragile, souffrait également de blessures morales, avec plusieurs enfants morts à la naissance et une sœur lobotomisée. Sans compter les souvenirs de guerre toujours présents, gravés autant dans sa mémoire que dans sa chaire, avec des plaques de métal pour soutenir son dos et un corset.

Les liens de Kennedy avec la mafia ne sont évoqués qu’au travers de relations d’amitié virile tournant autour du sexe et du partage des femmes, stars ou prostituées. Entre gens riches amoureux des plaisirs de la vie. Avec l’ambiguïté des rapports de force et des ego, entre argent et politique.

Médecin avant d’être écrivain, Mercurio emploie toute son expertise au service de sa plume pour un résultat dévastateur. Son écriture est érudite et profonde. On a beau connaître le dénouement historique de chaque intrigue, l’estomac se noue à chaque moment de tension traversé par le président. La multitude de références à des citations ou discours véritablement prononcés, loin d’alourdir l’intrigue vient accroître sa profondeur et richesse. On devine derrière l’ouvrage une bibliographie monumentale.

Un roman simplement génial, dont l’une des nombreuses qualités est de mettre en balance le génie politique d’un J.F.K humaniste sans borne, précurseur inflexible des plus grandes mesures sociales, et monstre misogyne qui ne méprisait les femmes que pour mieux les posséder. À l’exception d’une seule, la sienne, qu’il n’aura finalement jamais cessé d’aimer.(« Au cours du vol qu’il avait pris d’urgence dès l’annonce qu’elle était en train d’accoucher, il avait eu peur de la perdre ; et avec cette pensée, devenue obsédante, était venue la révélation qu’il avait toutes ces années vécue dans le déni de ce que signifierait pour lui sa perte, non pas à la suite de sa disparition, mais à la suite d’un divorce »).


 

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