La Walkyrie et le professeur, Michel Arrive

Clément Solym - 28.08.2008

Livre - Walkyrie- - professeur - Michel


Dès l’âge de trois ans, Kriemhild a commencé à dessiner de grandes lignes sur des feuilles de papier que sa grand-mère, « pensionnée » de l’enseignement à Fribourg (Allemagne) lui fournissait, surveillant ainsi ses premiers pas pour apprendre progressivement à dessiner les « lettres pointues », la Spitzschrift, équivalent manuscrit de l’écriture gothique.

 

Et c’est dans l’Allemagne de la guerre que, dans une famille dont le père est un notoire membre du parti nazi, que la petite Kriemhild va bientôt commencer à écrire, dans un cahier vert, des contes qui trouvent une part de leur inspiration, mais sans y ressembler totalement, dans ceux des frères de Grimm que lui raconte régulièrement sa grand-mère.

 

Dans une station de sports d’hiver des Alpes Françaises, de nos jours, au cours d’une petite randonnée en amoureux, Jacques Lécrivain, éminent professeur de mycologie a tenté d’étrangler sa maîtresse qui vient de lui signifier, sans qu’aucune alarme rouge ne se soit auparavant allumée dans leur relation, la fin irrémédiable de leur « lune de miel ».

 

Finalement, il ne regrette pas complètement de ne pas être allé au bout de son geste vers lequel elle vient de le pousser par cette déclaration unilatérale : cela aurait entraîné beaucoup de désagréments collatéraux. Il ne reste plus qu’à rentrer à l’hôtel, puis à Nancy pour titrer un trait sur cette relation passionnée qui, faute de se terminer en crime passionnel, s’achève dans une incompréhension totale.

 
 

Michel ARRIVE nous distille deux vies parallèles dans ce roman à deux plumes, chacune tenue par l’un de ses personnages.

 

Il y a, d’une part, Kriemhild, cette petite fille qui a grandi au cœur de l’Allemagne nazie et qui en est partie à l’âge de vingt ans après avoir épousé un universitaire français.

 

Kriemhild qui a découvert l’écriture en profitant des leçons de sa grand-mère, mais qui a soudainement perdu toute cette liberté de disposer des mots après qu’une sorte de conseil de famille a jugé ses contes trop éloignés du discours nazi et de sa propagande, risquant, pour le cahier vert, l’autodafé subi par nombre de livres à l’instigation du Parti nazi.

 

Kriemhild qui, depuis, tente vainement de retrouver cette fluidité et ce délice de l’écriture dont elle a été privée alors qu’elle avait cru un temps être définitivement une schriftstellerin, une conteuse, comme les frères Grimm. Et qui a dû substituer la copie à l’écriture. Ceci l’a amenée à ce jour où, alors qu’elle recopiait un texte en prose de Heinrich Heine, elle a découvert ce drôle de mot – famillionnaire -, qui l’a conduite sur les chemins de la recherche des mots-valises, ces mots qui sont les fruits de l’amour entre de deux autres mots bien connus du dictionnaire, dont ils mélangent les sens.

 

Et, d’autre part, il y a Jacques, ce mycologue, un peu écrivain à ses heures, sans beaucoup de succès cependant, tombé éperdument amoureux de cette walkyrie que lui a présenté un collègue lors d’une réunion syndicale.

 

Jacques qui ne sait pas percer les mystères de cette femme d’origine allemande, divorcée de son mari français, mère d’un jeune Siegfried avec lequel elle entretient des relations qui frisent l’inceste et qui le torture régulièrement en provoquant sa jalousie, en gérant de manière machiavélique leurs relations –y compris sexuelles - , en refusant de lui dévoiler son cœur, son âme, son passé, en pointant se lacunes quant à son sujet de prédilection à elle : ses fameux mots-valises.

 

Le doute n’est plus permis, Kriemhild, la petite fille, est aussi la maîtresse ravageuse du professeur. Jacques et Kriemhild. Kriemhild et Jacques. Deux destinées qui se croisent avec en toile de fond l’Allemagne nazie, la légende des Nibelungen, les champignons… Et l’écriture ! Gothique ou latine, contrariée ou retrouvée, l’écriture toujours plaisir.

 

Très sympa, ce bouquin. Jusque dans la juxtaposition des deux récits mêlés dans une mise en pages, non pas innovante, mais en tout cas très réussie.


Retrouvez La Walkyrie et le professeur, sur Place des libraires




Crédits photo : IBWiki, Geneawiki.




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