Lâche, envieux, capricieux, colérique, mégalomane et assassin : Henri VIII, de Pierre Erlanger

Audrey Le Roy - 11.07.2016

Livre - Henri VIII Pierre Erlanger - histoire lecture - Henri VIII règne


Les histoires de monstres fascinent toujours, réels ou fictifs, humains ou pas, ils suscitent, presque malgré nous, une curiosité malsaine. Henri VIII, monstre bien réel, n’échappe pas à la règle. Pièces de théâtre, contes, biographies, romans, films, séries : depuis plus de quatre siècles, il revient régulièrement sur le devant de la scène. 

 

 

 

Une fois n’est pas coutume, nous commencerons par la fin et Philippe Erlanger ne se trompe pas quand il écrit dans cette bibliographie publiée (de nouveau) chez Perrin, « le 28 janvier 1547, à une heure du matin, Henri VIII n’est plus. Un grand règne vient de s’achever, même si l’Angleterre n’a pas perdu un grand roi ».

Et pourtant, Henri VIII avait tout pour être un grand roi. La fortune, d’abord, amassée par son avare de père, Henri VII ; un physique imposant (1,94 m), athlétique jeune, obèse avec l’âge, mais que l’on n’oublie pas ; érudit, curieux, intelligent… À quoi tient que l’on soit perçu comme un grand roi ou comme un despote sanguinaire ? Car ne nous y trompons pas, tous les monarques ont peu ou prou du sang sur les mains. 

 

Henri VIII est proclamé roi d’Angleterre à dix-sept ans, le 22 avril 1509, le lendemain de la mort de son père. L’Angleterre respire et se réjouit de la mort du roi « aux doigts crochus », son fils déborde de vie et redonne espoir en des jours meilleurs. Il en est généralement ainsi de la fin d’un règne ou encore d’une présidence, systématiquement l’espoir renaît et systématiquement il est déçu… Passons… pour le moment le roi est mort, vive le roi !

 

Le 11 juin 1509, Henri VIII épouse Catherine d’Aragon, fille de Ferdinand II, roi d’Aragon et d’Isabelle Ire, reine de Castille. Catherine d’Aragon avait épousé, en première noce, Arthur, frère aîné d’Henri, hélas, celui-ci décédera le 2 avril 1502. Elle jurera que le mariage n’a jamais été consommé. Soit. Après quelques tergiversations politiques et théologiques, qui auront des conséquences comme vous pourrez le découvrir, elle devient donc l’épouse d’Henri VIII, pour le meilleur et surtout pour le pire. Catherine d’Aragon fut la première femme d’Henri VIII. Il en aura six.

 

Anne Boleyn peint quelques années après sa mort. 

 


Catherine restera son épouse pendant un peu plus de vingt-trois ans (définition même de la femme courageuse). Mais comme beaucoup de mariages, il finira par battre de l’aile. Catherine ne donnera qu’un enfant viable au roi et ça sera une fille, baptisée Marie (qui sera reine d’Angleterre et plus connue sous le nom de Bloody Mary – Marie la sanglante… La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre).


Henri VIII avait un goût prononcé pour les femmes et quand Anne Boleyn croisa sa route, il en tomba follement amoureux, son désir croissait au fur et à mesure que cette dernière se refusait à lui. Ce qu’Anne et son clan voulaient, c’était la couronne !


Hélas, à l’époque, on ne divorçait pas si facilement. Là encore les enjeux politiques et théologiques pesaient lourdement dans la balance. C’est ainsi que, pour une femme, Henri VIII se mit l’Europe à dos ainsi que l’Église. Qu’à cela ne tienne, le divorce avec Rome sera consommé avant celui d’avec Catherine d’Aragon, et c’est ainsi que l’Église anglicane verra le jour avec comme guide spirituel… son roi ! L’actuelle reine d’Angleterre, Élisabeth II est toujours la chef de cette Église.   

 

Henri VIII peut désormais répudier sa femme et épouser Anne Boylen. Celle-ci ne lui donnera également qu’un seul enfant… de nouveau une fille, qui sera elle aussi reine d’Angleterre, la fameuse Élisabeth Ire, digne héritière de son père, à tous les points de vue !


Tant qu’Anne était maîtresse du roi, elle était désirable, une fois sa femme, elle le devient beaucoup moins. De scènes de ménage en cabales politiques, Anne finira la tête sur le billot, le 19 mai 1536, pour haute trahison, réelle ou supposée, il ne s’agissait pas de s’encombrer avec les détails. Le roi, ce 19 mai, chasse « lorsqu’il entend rugir de loin des canons de la Tour. Il ne manifeste aucun trouble. Et pourtant, il apprend ainsi le supplice ignominieux de la femme pour laquelle il a fait sans doute plus qu’aucun amant ne fit jamais pour aucune maîtresse ».

S’« il ne manifeste aucun trouble », c’est qu’il est de nouveau amoureux, il s’apprête à épouser Jane Seymour, le 30 mai ! Enfin amoureux… « Huit jours après la publication de son mariage, ayant rencontré deux très jolies jeunes filles, il exprima sa contrariété de ne pas les avoir vues avant de s’être marié. » Mais Jane est douce et aimante, elle le réconforte et lui fait du bien. Elle tombe rapidement enceinte et mazel tov, c’est un garçon ! Prénommé Édouard (roi d’Angleterre de 1547 à 1553). La pauvre femme avait accompli son devoir, mais n’y survécut pas.

Voici notre beau roi, qui ne l’est plus vraiment, de nouveau célibataire. Après un mariage éclair avec une princesse allemande qui, si tôt épousée fut si tôt répudiée (mais, et il est important de le préciser, garda la vie sauve), Henri épousa, du haut de ses quarante-neuf ans, Catherine Howard, jeune fille dévergondée d’environ vingt ans. Lui qui vieillissait prématurément à cause d’ulcères aux jambes et de maux de tête récurrents, qui le firent souffrir toute sa vie et peuvent constituer un début d’explication à son caractère quelque peu désagréable, lui qui vieillissait donc, retrouva dans les bras de sa cinquième femme une seconde jeunesse.

 

Henri VIII après son couronnement en 1509 - Tudor England images

 

 

Il faut dire que la demoiselle devait savoir y faire, en effet Philippe Erlanger nous dévoile une anecdote qui pourrait presque figurer au Manuel de civilité pour les petites filles de Pierre Louÿs : « dès l’âge de treize ans, la fougueuse et pétulante Catherine dérobe la clef du dortoir des filles qu’elle ouvre la nuit aux garçons. Tandis que l’aïeule dort, se déroulent de joyeuses parties, des soupers fins qui incitent aux aventures. » Bien évidemment, Henri n’est pas au courant, mais quand quelques amis, bien intentionnés, il va sans dire, viendront lui apprendre la vérité – sans omettre de lui révéler que de toute évidence le roi est très certainement une bête à cornes – celui-ci tombera de très haut ! La suite de l’histoire est prévisible, Catherine Howard a la tête coupée !

La sixième et dernière épouse du roi, Catherine Parr, lui survivra… mais il s’en fallut de peu.

 

Ce qu’il faut comprendre, c’est que tous ces mariages, ces divorces, ces exécutions, ces nouvelles rencontres étaient le fruit de l’entourage direct du roi. Différents ambitieux n’ont cessé de comploter pour obtenir les faveurs royales, livrer de jeunes femmes en pâture faisait partie de leur stratégie, ils avaient bien compris que le roi perdait tout bon sens sous l’emprise de l’amour. 

Malgré tout, Henri VIII est l’instigateur d’une Église, bâtie dans le sang, certes, mais qui est encore celle de l’Angleterre aujourd’hui. S’il ne brilla pas par ses victoires militaires face à François Ier et Charles Quint, il dota son armée d’une flotte qui devait rester longtemps la plus remarquable d’Europe, « il méritait le nom que lui a donné l’Histoire et qui est sans doute son meilleur titre aux yeux de la postérité : Père de la Marine anglaise ». 

 

Voici un livre qui nous fait découvrir un roi lâche, envieux, capricieux, colérique, mégalomane et assassin… un vrai régal ! 

 


Pour approfondir

Editeur : Perrin
Genre : biographies...
Total pages : 282
Traducteur :
ISBN : 9782262065294

Henri VIII

de Philippe Erlanger

Cultivé, raffiné, passionné, despotique et fastueux, Henri VIII, roi aux six épouses qui, après avoir été un zélateur fougueux de l'Eglise catholique, se sépara de Rome pour pouvoir divorcer à son aise et se proclama chef suprême de l'Eglise d'Angleterre, est un monstre de l'histoire. Contemporain de François Ier et de Charles Quint, monté sur le trône à dix-huit ans, il régna de 1509 à 1547. Il ne fit pas de conquêtes, il n'agrandit pas son royaume qu'il laissa ruiné malgré de formidables spoliations. Et pourtant, en raison de l'image de sa puissante personnalité, de son subtil jeu diplomatique, de la création d'une flotte moderne et, naturellement, de la fondation d'une Eglise nationale, il est l'incarnation d'un grand règne.

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