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Laurent Graff, Il ne vous reste qu’une photo à prendre

Clément Solym - 08.01.2008

Livre - Laurent - Graff - Reste


J’apprécie toujours les livres qui débutent sur la mort. Celle d’un personnage, celle d’un peuple ou d’un univers. Il ne s’agit pas d’un penchant malsain ou morbide. Simplement on sait déjà à quoi s’en tenir vis-à-vis du personnage principal et de la plus grande part de ses préoccupations.

Alan Neigel doit avoir une cinquantaine d’années, environ, et M. est justement décédée d’une maladie suffisamment grave pour être passée sous silence. Autant que le prénom de la jeune fille qui est tellement laid qu’il valait mieux le taire ? On vous en laissera juges. Enfin. Alan adorait prendre M. et des photos et son plus grand bonheur était de coupler ces deux activités ensemble. Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas systématiquement incompatible.

Il disposait pour s’adonner à son vice, d’un Mamiya 35 mm. Et l’imparfait est de rigueur, car depuis la mort de M. il n’y a plus touché. Les dernières prises qui restaient furent assassinées dans le coussin de son lit, un peu comme l’on étouffe un innocent. Il était jeune, il a souffert. Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. Il revint. Non sans avoir expérimenté un paquet de relations sexuelles, de femmes et de solitude volontaire. De sécheresse sentimentale.

Puis il y eut Claire. Claire a un joli prénom, très schématique et évocateur, transparent, un peu comme le personnage qui s’y associe. C’est pour ça que Claire n’est pas limitée à une simple et bête initiale. Claire n’est pas jolie, et comme le narrateur est poli, il se contentera de dire qu’elle a du charme. Et qu’elle est tolérante, ce qui en langage masculin explique qu’elle ne lui réclame pas de compte. Et ensemble, ils voyagent. Et Claire veut des photos. Pour se souvenir, parce que tu comprends, avec l’Alzheimer que je me tape et ma mémoire de poisson rouge, j’aurais tôt fait d’oublier avec qui je suis parti et d’ailleurs qui êtes-vous, monsieur ? Alors, Alan ressort son Mamiya 35 mm, un peu à contrecoeur…

Jusqu’à débarquer à Rome. « O tempora ! O mores ! », s’exclamait le grand Cicéron qui devait son nom à la bosse de son front, qui ne ressemblait pas à un point chiche, mais à une corne de cocu. Une fois sur place, les tourtereaux qui n’en sont pas réellement prennent leur temps pour flâner en ville. Et leur fenêtre donne sur une charmante fontaine où l’on jette des pièces et que ça porte même chance. Cédant à la tradition, ils vont même jusqu’à se faire prendre en photo par un énigmatique inconnu (charmant pléonasme), qui glisse à Alan : « Il ne vous reste qu’une photo à prendre. » Et là le suspens est insoutenable, d’ailleurs je défaille et vous propose de marquer une pause, le temps que je me remette de tant d’émotions.

Dire que ce bouquin n’est pas bon serait méchant. J’en ai lu de bien pires. Disons surtout que Laurent Graff livre un roman un peu rapide, mal fini, ou à l’huile d’olive italienne mal filtrée peut-être. On voit l’ensemble venir depuis les premières pages – cela dit je vous rassure, M. est bel et bien morte, pas de come-back à redouter – et cela se confirme au cours du récit. Tout tourne autour de l’éternelle hypothèse : « il ne vous reste que », et force est de constater que l’on ne réinvente pas la roue sans prendre le risque de dérailler.

Le style plaisant se donne une gravité souvent inutile et qui alourdit l’ensemble. On plonge alors dans une sorte de méli-mélo dramatique, où les sentiments confus se mêlent à une rancœur dont ne se départ pas Alan. Tout ça pour dire qu'il souffre d’une blessure ancienne. Entendons-nous bien, cependant, je n’ai rien contre l’expression de la douleur, mais si c’est pour me la tartiner péniblement au visage, ben je n’adhère pas.

Donc mauvais livre que Il ne vous reste qu’une photo à prendre ? Non. Car finalement, on y trouve une apologie de la photographie, et une quasi-déclaration d’amour à son endroit qui touchera les amateurs, les néophytes et les curieux. Cette quête qui s’affirme de LA dernière photo, comme une ultime expression de soi, de son regard, de sa subjectivité, ne manque pas de séduction. Son traitement est ici un peu bancal, à travers une écriture qui s’attarde. Sur fond de compétition, mais je ne vous dévoilerai pas tout, chacun va s’exprimer et révéler une part de lui en s’investissant dans SA photo. Sauf que bon… ça fait un peu conte pour enfants. Et je n’ai pas eu l’occasion d’en chercher autour de moi pour connaître leur réaction.

Enfin, la mayonnaise n’aura pas vraiment pris, et ce, en dépit de mon intérêt non feint. Pas la peine d’en rajouter : le petit oiseau ne sortira pas.


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