Le baiser de Judas, Anne Grue

Clément Solym - 02.03.2012

Livre - Le baiser de Judas - Anna Grue - Gaïa


Deuxième roman d'une série policière mettant en scène un détective privé et un commissaire de police danois, ce polar, outre une enquête menée avec énergie et rebondissements, est aussi et surtout le reflet épatant et passionnant, souvent cynique, d'une société bourgeoise à la fois émancipée, moderne mais aussi austère, ennuyeuse, douloureusement seule.


Peinture sociale plutôt amère mais jamais désespérée, marquée par le poids moral et religieux de la culpabilité, de l'expiation, de la rédemption. Si les faits sont lourds, on s'amuse quand même dans ce livre, sans doute parce que le héros Dan Sommerdhal dit « le détective chauve » est attachant et drôle (à ses dépens parfois), qu'il n'adopte jamais un ton sérieux et grave, professionnel.


Un homme qui n'en fait qu'à sa tête, souvent hors cadre, parfois pathétique, un brin ridicule mais qui percute et sort finalement victorieux des affaires où il met le nez. Un personnage vif, entier, fonceur et impulsif pour le plus grand plaisir du lecteur.  D'ailleurs, sa liberté d'action vibrante et explosive discrédite quelque peu son acolyte,  Flemming Torp, plutôt pâle commissaire cette fois-ci.


Fait assez surprenant et plutôt insolite, c'est un hérisson qui le premier, découvre le corps sans vie d'un jeune homme, membre d'une secte « La Maison du Seigneur ». Un meurtre qui laisse le commissaire Torp pantois, indécis et perplexe. De son côté, le détective chauve, dont la proximité séduit d'emblée le lecteur, accepte une mission pour rendre service à sa fille. 


Sa prof de peinture, désespérée, a avalé quelques cachets après la disparition de son jeune amant (tendance gigolo), envolé avec l'argent qu'elle avait gagné au loto. Ainsi donc, guidé par ses sentiments paternels, il accepte de partir à la recherche de ce jeune homme et progresse assez rapidement dans son enquête, secondé habilement par sa femme, médecin experte en déductions et Torp (en fait, l'ancien petit ami de sa femme).


Le trio rassemble rapidement beaucoup d'indices et les événements se précipitent à vive allure, donnent un rythme haletant à la lecture même si parfois, les liens de l'intrigue paraissent  tout de même improbables et cousus de fil blanc


Peu importe, l'enthousiasme de Dan retient, ses actes souvent émotionnels, rarement calculés le servent bien et séduisent à chaque fois. Il a plutôt une chance de débutant, comparé au commissaire qui voit son enquête piétiner jusqu'à ce que Dan lui apporte (malgré lui) des indices utiles à la résolution de ce meurtre, jusque-là inexpliqué. Les deux enquêtes se rejoignent finalement, même si le lien peut sembler ténu, et forment une histoire assez convaincante, pleine de divertissement, d'agitation et de cynisme également.


Le poids exacerbé de la religion, la manipulation mentale qu'exercent les sectes sur les individus auraient une part de responsabilité sur le comportement déviant de ces mêmes individus et les coupables seraient aussi des victimes. Aussi, loin de condamner sans appel ce jeune homme devenu gigolo par nécessité de survie, l'auteur reste mesurée et propose une fin pleine de nuances, presque compatissante, à l'image de notre détective.


On peut y voir également, en filigrane, l'image désolée d'une société où la solitude dans les grandes villes est un fléau, interpelle, car elle peut  s'appliquer à toutes les sociétés modernes actuelles dont la nôtre, si proche. Même si le lecteur, dans l'ensemble, s'amuse dans ce livre, il se glace aussi quand la réalité, impudente, dérange et secoue, gêne et malmène, dénonce le citoyen passif à qui, sans doute, il ressemble parfois. Mais, pas d'affolement, c'est juste entre les lignes. Un polar social ? Ca y ressemble et c'est tant mieux !