Le Bal des hommes : Enquête dans le Paris homosexuel des années 1930

Xavier S. Thomann - 21.10.2014

Livre - Paris - Gay - Enquête


1934. Blèche est inspecteur à la mondaine. C'est lui qui surveille les milieux « invertis ». Il connaît le Paris « underground » comme sa poche. Quelle n'est donc pas sa surprise quand il est appelé au zoo de Vincennes de bon matin pour enquêter sur deux fauves émasculés ! 

 

Voilà les premières pages du Bal des hommes (Robert Laffont), un premier roman signé Gonzague Tosseri. Ou plus exactement Gonzague ET Tosseri, puisqu'il s'agit ici d'un roman écrit à quatre mains par les journalistes Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri. La chose est assez rare pour être signalée. 

 

Revenons à l'intrigue, car, bien entendu, on n'en reste pas là. Très vite, le périmètre de l'enquête s'élargit et le mystère s'épaissit. Les responsables de Blèche veulent à tout prix le mettre sur la piste d'un trafic d'aphrodisiaques, préparés à base de pénis tranchés. Blèche, aussi intelligent qu'il est froid, n'est pas convaincu. Alors il creuse. 

 

 

Bientôt, il n'est plus seulement question de félins, mais de complots au sommet de l'État, de chantage et de vengeance. Les fantômes de la Grande Guerre ne tardent pas à resurgir, quand l'inspecteur découvre que son destin est mêlé à celui d'Anselme Roche, jeune homosexuel mort pendant le conflit. Blèche est « environné de fantômes hébétés traînant le poids de leurs douleurs, incapables de rien percevoir alentour. »

 

Ce Bal des hommes est assurément une réussite, un polar d'époque fort bien mené et avec style. Un « period drama » comme disent les Anglo-Saxons, qui nous plonge dans les coulisses du Paris interlope des années 1930. Mais pas seulement. En adoptant un style volontairement suranné et désuet, aux accents parfois céliniens, Gonzague Tosseri réussit un pari littéraire un peu risqué. Faire du neuf avec du vieux. 

 

 

 

C'est élégant et sordide à la fois, anachronique et juste. Ambiance : « Tout ce que Paris comptait de louche, d'excessif et de mal élevé s'épuisait à se mentir, à se filouter, à se mettre le rasoir sous la gorge, à s'attraper du col en signe de représailles, s'arrachant la pitance à même l'assiette, retournant les poches des macchabées pour y dérober ce qui s'y trouvait ».