Le bal des hypocrites, Tristane Banon

Clément Solym - 14.11.2011

Livre - Tristane Banon - DSK - Bal des hypocrites


Au départ une agression d'un coureur de jupons notoire sur une jeune journaliste qui vient l'interviewer. Il la force à un baiser, tente d'obtenir davantage, elle se débat et s'enfuit. L'homme est déjà célèbre et surtout puissant, Tristane Banon, au début de ses vingt ans, est sous le choc, mais renonce à porter plainte, dissuadée par son entourage. Et sa propre mère.

 

Dans le milieu fermé des puissants, la réputation de DSK n'est plus à faire - et ce genre d'incident n'est pas si exceptionnel.


Tristane Banon oublie - veut oublier - mais voilà que 8 ans plus tard éclate l'affaire du Sofitel de New York, qui réveille sa blessure jusque-là peu ou prou cicatrisée. Et, sous la pression de l'opinion, la force à prendre parti dans une affaire à laquelle elle aurait voulu rester étrangère.

 

Difficile ouvrage. Les premières pages en jettent plein la figure du lecteur, de cette hargne que Tristane Banon voue à ses bourreaux, interpellant le monde entier cause de sa souffrance. Tout le monde est coupable, au travers de l'opinion publique à laquelle la jeune femme n'a rien demandé, et qui la contraint. Tout le monde, c'est-à-dire les médias qui la sollicitent sans arrêt, comme dans une caricature hollywoodienne, les passants, les anonymes d'Internet, les politiques, et parmi cette masse ceux qui, il y a 8 ans, la dissuadaient d'agir et aujourd'hui l'accusent de n'avoir rien fait.

 

Partant d'un sentiment de confusion, voire de circonspection devant les attaques gratuites exprimant une rancoeur contre le monde entier, et de fait trop largement exprimé, on passe à la compréhension, au fil de l'ouvrage, de la machine à broyer qui s'est mise en marche contre Tristane Banon. Une machine qui va bien au-delà de l'agression portée contre elle par DSK, mais bien conduite par tous. Lorsque la machine médiatique s'emballe, portée par ses consommateurs.

 

 

Aujourd'hui tout le monde sait que Dominique Strauss-Kahn n'a dû sa chute qu'à lui-même. L'affaire du Carlton, toujours en cours, a relégué aux archives les acteurs des affaires Sofitel et Banon, ne laissant que le « pervers » seul et nu face à l'opinion publique.



Le Bal des hypocrites décrit parfaitement la perversité du système, qui dans le feu de l'actualité met au même niveau victimes et coupables, identiquement interpellées par le chaland trop heureux de croiser une « star », vue à la télévision.


Et ce, même si ce visage connu est celui d'une personne blessée qui n'aspire qu'à la paix et au silence, avant la justice.

 

Une seule chose dérange, après avoir fermé l'ouvrage. L'idée qu'en dehors du drame qui a poussé Tristane Banon sous le feu des projecteurs, elle n'est peut-être pas si étrangère à ce système qu'elle dénonce - justement, légitimement et talentueusement - avec tant de véhémence.


Ce Bal des hypocrites, dont on ne peut que déplorer qu'elle, ancienne journaliste de Paris Match et auteur de Noir délire (2003), vision romanesque de la tragique histoire de Marie Trintignant et Bertrand Cantat, ait été à son tour la victime.