Le bateau-citerne, Willem Elsschot

Clément Solym - 28.09.2009

Livre - bateau - citerne - Willem


« C'est un fameux trois-mâts, fin comme un oiseau, hissez haut, HISSEZ HAUT ! » Allez, sans faire les malins, qui saurait acheter un navire en affirmant qu'il a fait une bonne affaire ? Une voiture, je dis pas : on peut au moins vérifier qu'elle a quatre roues. Mais un navire... On peut toujours se dire que, d'après la chanson, il doit avoir 18 noeuds et 400 tonneaux. Encore faut-il savoir à quoi tout cela rime. Un noeud... passe encore. Mais des tonneaux ? De rhum ? Et s'il sont vides, ça compte tout de même ? Hmm...

Et pour un homme d'affaires, est-il raisonnable d'accepter que l'on vous cède un navire, alors que vos connaissances maritimes ne dépassent pas spécialement les quelques frégates que vous avez pu voir décoller depuis quelques ports de plaisance ? Re-Hmm...

Quoi qu'il en soit, c'est la guerre. La Première. La Mondiale. Et pendant ce temps, alors que dans le poste de radio, le journaliste clame que les troupes françaises s'en vont mettre une jolie correction, fleur au fusil, deux couples sortis d'une superbe voiture badinent dans une charcuterie autour de jambons alléchants.

Peu après, on retrouvera ces messieurs en train de badiner autour d'une bouteille de Veuve-Cliquot. Jack Peters, le business-man belge, l'argent n'est qu'un outil : dans son entreprise, tout tourne bien, et il peut bien se montrer dépensier. Mais quand on certain Boorman fait paraître dans un journal de la mer une annonce proposant d'acquérir un bateau-citerne gracieusement. Gratuitement ? Jack est intrigué, au moins.

Et tout le récit étonnant de cette rencontre, de cette transaction, occupe le récit dans un style assez ancien. On perçoit bien dans la traduction le livre publié en 1942, alors que l'autre guerre, la Seconde, a éclaté. Alors, oui, l'esprit historique se met en branle et l'on passe à la grille de ses souvenirs scolaires l'influence du capitalisme sur les guerres, les enjeux financiers pour l'industrie... mais l'on peine à trouver malgré tout une accroche intéressante ou un angle de lecture satisfaisant.

Ce n'est pas que l'on s'ennuie : personnellement, le sujet me dépasse un chouïa. Le style archaïsant n'y est probablement pas étranger. Le récit lui-même tourne comme un long monologue de paroles rapportées, de dialogues repris, de souvenirs remontant à la surface... Pas vraiment la panacée.

En guise de citerne, on ne se désaltérera pas spécialement à cette source.


 

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