Le Bon, la Brute et le Truand (9) : au milieu du terrier de crotales, les dollars

Clément Solym - 29.06.2012

Livre - Bon - Brute - Truand


Bon, j'avoue, les aventures de Jack et James ont connu quelques ratés ces dernières semaines. Mais ce n'est pas pour autant que nos deux cowboys ne sont pas parvenus au terme de leur chevauchée fantastique à travers le grand Ouest. 

 

D'ailleurs, et pour ne rien vous cacher, si nous avons passé sous silence leurs péripéties, c'était pour préserver le lecteur d'une effusion de violence insupportable dans nos colonnes. Mais soyez rassurés : après être arrivés à la ferme du cruel Old Timer, ils ont mis tout le monde d'accord à coup de carabines, fait cracher les flammes à leurs winchesters, et laissé parler la poudre. Au point que, finalement, le troupeau de vaches qu'ils apportaient en rançon, pour libérer leur frère servira au petit, qui s'apprête à couler des jours paisibles avec la fille du vieux, qu'il avait mise enceinte.

 

En somme, tout est bien qui finit bien, et la grande aventure de cette chronique westerniale prend également fin avec cette ultime publication. Au moins le temps que l'on retrouve un autre truc sympa pour la rentrée, et laisser surtout le temps au petit Steven d'installer son commerce et son activité de farmer. 

 

Cela dit, dans le lointain, une musique connue revient aux oreilles ...

 

 

Les visages pâles avancent vers leur destinée. Hugh. 

 

Et dans le lointain, comme une mélopée venue des étendues désertiques... 

 

 

 

Le Bon

 

C'est plutôt Le Bon Plan, avec ce roman puisque l'auteure décide de reprendre les personnages créés par Jane Austen pour leur offrir une nouvelle vie littéraire. Avec ce roman, Milady inaugure une nouvelle collection de titres, dans le domaine de la romance… Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça marche. 

 

Très personnellement, et à titre d'homme nécessitant une certaine dose de virilité, il est évidemment impossible d'avouer avoir, fut-ce une seconde, été ému par cet ouvrage. Ni même qu'il puisse être lu par n'importe qui. D'ailleurs, la trahison du style de Jane fait que l'on déconseille bien entendu la lecture de cet ouvrage. 

Vingt années après Orgueil et Préjugés, nous faisons la connaissance des cinq filles d'Elizabeth et Darcy. Alors que leurs parents sont en voyage à Constantinople, les demoiselles viennent passer quelques mois à Londres chez leur oncle Fitzwilliam. La découverte de la vie citadine, des plaisirs et des disgrâces qu'elle offre, associée au caractère fort différent de ces jeunes personnes, va mener à des aventures, et des amours, inattendues, dans un cadre particulièrement mondain, où de nombreux individus se côtoient. 

 

M'enfin les amatrices n'hésiteront pas, et les amateurs sauront comment le trouver...

 

Les filles de Mr Darcy, d'Elizabeth Aston, traduit par Leslie Damant-Jeandel,

8,70 €, publié chez Milady 

 

La Brute

 

Une fois n'est pas coutume, versons dans le polar. Mais pas tout à fait n'importe lequel : Peter Leonard, c'est du gros lourd qui fait mal, et d'ailleurs sont précédent ouvrage nous avait ravi. Pas de raison de ne pas se plonger dans le nouveau, qui tient toutes ses promesses.

Par une froide matinée d'octobre, Owen McCall, 49 ans, et son fils unique Luke, 16 ans, quittent leur chalet situé au nord du Michigan pour partir à la chasse. Et l'accident se produit. Luke aperçoit un cerf. Il bande son arc et décoche une flèche. En plein dans le mille ! Ce qu'il ne sait pas encore, c'est que sa flèche a transpercé l'animal. Derrière se trouvait son père, qui agonise... Owen laisse derrière lui Kate, une veuve éplorée mais désormais riche d'une vingtaine de millions, et un fils complètement perdu, qui part à la dérive. Et c'est alors que resurgit Jack Curran, un ancien amour de jeunesse de Kate. Et dans son sillage quelques personnages peu recommandables...

 

Adrénaline, bonne plume (et respectable traduction), Peter Leonard, c'est un plaisir à retrouver. Alors, oui, les amateurs de Tarantino, à qui on garantit une dose du réalisateur dans le livre, trouveront qu'il n'y a peut-être pas assez de morts. Mais ça coule tout de même très bien. Et sans que la main ne tremble...

 

Ne tremble pas ! de Peter Leonard, traduit par Daniel Lemoine,

21 €, publié à l'Archipel

 

 

 

Le Truand

 

C'est pas moi qui le dit, c'est Pascal, et il avait oublié d'être con, le philosophe, sinon, on n'aurait pas collé sa binette sur les plus gros billets en valeur faciale qu'avait la France du temps du franc. Puisqu'il faut parier, le livre de Christophe Donner se lance. Un roman sur le jeu, c'est certain, c'est de l'audace, et la distribution pour le servir fait honneur. Des illustres personnages du XIXe siècle sont réunis pour se mettre au service de cette folie du jeu. Qui comporte des risques d'addiction, n'hésitez pas à consulter en cas de souci. Ou de paris frénétiques.

Le jeu hante la vie des hommes depuis la nuit des temps. Il y a ceux qui parient, ceux qui font parier les autres, sans qu'on puisse savoir lesquels perdent le plus, lesquels sont les plus fous, et à quoi ils jouent, en vérité. Voici le grand roman sur le jeu, un jeu qui aura résisté aux guerres, aux révolutions et aux modes, que l'on peut voir comme un vice, un délire, un plaisir ou un art, mais qui s'est imposé comme une passion française.

 

« Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter », vous dit Pascal. 

 

Bon… petit couac, le pari n'est pas forcément gagnant pour le lecteur qui se lancer. Autre problème, sa publication est prévue entre le 26 mai et le 22 août… Mais après tout, il faut parie, non ?

 

À quoi jouent les hommes, de Christophe Donner, publié chez Grasset, 22 €