Le Bon, La Brute et le Truand : la winchester, toujours à portée de main...

Clément Solym - 25.05.2012

Livre - Bon - Brute - Truand


Dans le lointain, entre deux pitons rocheux, le soleil de la fin de journée s'enfonce dans les gorges du canyon. Ses éclats orangés et rouges irradient l'étendue désertique. Jack et James (que vous aviez oubliés depuis la semaine dernière, parce que vous n'avez pas de coeur) poursuivent avec le long chemin qui les mènera vers leur frère, capturé par cette raclure de Old Timer. 

 

La route sera longue, et tous deux savent combien le temps joue contre eux. Leur chevauchée à travers l'Ouest, avec deux cents têtes bétels, pour payer la rançon d'un frère amoureux de la mauvaise fille. Une fille Old Timer, mise enceinte par un bouseux de des montagnes, misère. Hier, sur la route, il a fallu jouer du colt contre les coyotes et les crotales, pour sauver sa peau… Avancer, dans cet ouest maudit, crachant un bout de chique, plus par désespoir de ne jamais retrouver le jeune Steven… Heureusement qu'on leur propose un peu de lecture.

 

Petit interlude musical…

 

 

 

… et en route pour les sauvages épopées...

 

 

Le Bon, 

 

ouvrira les portes d'un salon moderne, où les filles ne dansent plus au son du banjo ni du piano, dans les vapeurs frelatées de whisky et de bière… Ici, Madame Lisa vous ouvre la porte de sa maison close. Jean-Pierre Saccani nous invite en Suisse, à passer le seul d'une maison peu banale, loin des horloges et des chocolats. 

 

Pourtant, tout ici est douceur et ordre, « calme, luxe et volupté », comme dirait Baudelaire.

 

Madame Lisa. Patronne du plus grand salon érotique de Genève, cette prostituée française à l'optimisme indéfectible, y a ouvert, en toute légalité, un lieu où se croisent les habitués... et les autres. Autant de questions rarement posées, autant de réponses. 

 

Mais comment aborder la prostitution, au travers de questions de société, et par le prisme d'un regard qui n'est ni racoleur ni larmoyant...

 

Portes ouvertes sur maison close, Grasset, 16 €

à retrouver dans notre librairie, avec Decitre

 

La Brute

 

pour ne pas changer, ce sera une nouvelle macabre, avec la disparition de Matthew, âgé de cinq ans. Morbide, et lugubre. Particulièrement quand on plonge dans le cabinet de la psychanalyste Frieda Klein, qui vit les drames de ses patients. Pour exemple, Alan, reste très étrange. Dans ses rêves, c'est un petit garçon qui lui rend visite, un très jeune garçon, aux cheveux roux, qui pourrait être Matthew… mais qui serait peut-être aussi son fils. 

 

Curieusement, cette description correspond trait pour trait au petit Matthew. Frieda aurait-elle reçu sur son divan les confidences d'un kidnappeur d'enfant, d'un tueur peut-être? Elle avertit le commissaire Karlssonen charge de l'affaire, mais il refuse de la prendre au sérieux... Persuadée qu'elle doit découvrir la vérité et retrouver Matthew, Frieda va essayer de percer les pensées les plus intimes d'un psychopathe. 

Pendant que près de là, dans les ténèbres, un petit garçon effrayé se demande si quelqu'un ne viendra jamais le délivrer de son cauchemar...

 

Ce premier ouvrage d'une série de huit, dont la psychanalyste sera la ligne rouge, alterne entre l'enquête d'un policier, Karlsson, que la disparition de Matthew va littéralement bouleverser. 

 

Et entre-deux, des séquences qui nous font découvrir la vie du garçon. Troublant, mais pas vraiment de haute voltige, il méritait tout de même de figurer dans notre liste.

 

 

Lundi mélancolie, de Nicci French, traduit par Marianne Bertrand, chez Fleuve noir, 20,50 €

à retrouver dans notre librairie, avec Decitre

 

Le Truand

 

 

voire escroc, le tome 4 de l'Élysée République n'est pas vraiment une panacée. Certes, le milieu politique est complètement pourri, truffé d'intrigants et de conspirateurs, avec des manipulations au plus haut niveau, mais le souffle divin de la série s'épuise un brin.

 

Le trait est réaliste, certes, pas toujours très bien ficelé, pour ceux qui ne le connaissaient pas encore. Et si les personnages ont de la gueule, ils sont avant tout servis par une suite d'intrigues qui s'enferme. La course à la présidentielle aurait peut-être mérité de s'achever un peu plus tôt, que l'on abandonne quelques pans de l'histoire.

 

Montfaure joue à merveille de son nouveau rôle de victime pour regagner des points dans les sondages, une perquisition policière au domicile de Kérel est imminente et même ses amis politiques du RDS, le parti dont il est encore officiellement le leader, s'apprêtent à le lâcher. Une déroute annoncée ? Ce serait bien mal connaître Kérel et sa proverbiale opiniâtreté… Politique et thriller, un cocktail imparable pour Élysée République… et l'aventure continue !

 

Enfin… vivent les terroristes…

 

Elysée République, Tome 4, Pouvoir présidentiel, de Le Gall et Frisco, chez Casterman, 10,95 €

à retrouver dans notre librairie, avec Decitre