Le Bon, la Brute et le Truand : le sable crisse, sous les sabots

Clément Solym - 15.06.2012

Livre


Nous avions - lâchement - abandonné Jack et James à leur voyage, oubliant l'épopée qui leur faisait traverser l'Ouest, pour retrouver leur frère, retenu prisonnier du cruel Old Timer. Le vieux, fou furieux que sa fille soit tombée enceinte d'un pied tendre, ou presque, réclame une rançon… en têtes de bétail. Et nos valeureux cow-boys volaient alors tout un troupeau, et au secours de leur frère (dans un zeugma qui doit les dépasser eux-mêmes).

 

En fait, nous n'avions pas vraiment abandonné nos aventuriers aux plaines et aux cactus ; le voyage était surtout monotone, et nous n'avions rien à raconter. Sauf que le bout du chemin se profil, à l'horizon désertique. « Steven, tiens bon, on arrive », songeait James, tandis que Jack n'en pensait pas moins. La botte poussiéreuse, le cuir de leur selle tanné de soleil, de chevauchée et de sueurs, les deux hommes sentent que l'heure du dernier duel approche. Sur les rochers qui surplombent la vallée, un aigle pousse un cri perçant… Un Indien les salue, l'air grave - pour ce qu'ils peuvent en voir… 

 

Les visages pâles avancent vers leur destinée. Hugh. 

 

Et dans le lointain, comme une mélopée venue des étendues désertiques... 

 

 

Le Bon, 

 

c'est un voyage vers des Villes bigrement exotiques, que nous vous proposons. L'ouvrage de Crad Kilodney ne doit pas tromper. Le travail de traduction de Philippe Billé nous plonge dans un monde qui relèverait de la série B, s'il n'était pas aussi drôle. Disons alors, une série B+. Une sorte de pastiche du « La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les livres », version voyage…

 

« Le monde est très grand et très rond. Bien sûr, “très grand”, c'est relatif. Il n'est pas aussi grand que Jupiter. Mais nous ne voudrions pas vivre sur une planète aussi énorme, car nous y serions écrasés par notre propre poids, et nous ne pourrions probablement pas voyager. D'un autre côté, si la Terre était aussi petite que Mercure, les gens seraient encore plus serrés les uns contre les autres, et ça ne me plairait pas du tout. » 

 

Les cartes sont tristes. Faites pour les sérieux, les puissants, les gens pressés, elles ne pointent que les hauts lieux, les voies royales, les fleuves navigables, les routes qui vont quelque part. Bref tout ce qui sert. Une carte est à lever qui ne signalerait que les angles morts du monde, les lieux non dits, ceux où l'on ne va que par goût des plaisirs torves, des manies contondantes.

Le dépaysement ne manquera pas et les raisons de rire non plus…

  

Publié au Dilettante, 17 €, à retrouver dans notre librairie

 

La Brute, 


embarque vers un tout autre voyage, alors que le monde entier a les yeux braqués sur l'adaptation du roman de Kerouac, et que Maryline Desbiolles a publié son chemin à elle, Dans la route. Un récit en forme de métalangage, où l'on a l'impression de parcourir une voie qui est aussi celle de la littérature, s'interrogeant sur ses tenants et aboutissants. 

 

S'il faut raconter encore, est-ce que la fiction a toujours sa place ? Oh, bien sûr, elle existe, et persiste, et la route reste l'élément fondateur de la littérature occidentale. Depuis L'Iliade qui fut une fin de voyage, puis à son tour l'Odyssée, qui mettait l'homme au centre du monde et de l'aventure, quoi de mieux qu'un trajet, pour s'interroger ? Mais raconter, comment faire ?

 

Des travaux sont engagés, pendant un long été, sur une route départementale, pour y aménager un rond-point. La narratrice y assiste en voisine, dans ce lieu-dit appelé Fontaine-de- Jarrier, un hameau où tout le monde se connaît. Il y a Sasso, vieux râleur malheureux, et la Thomas, veuve, née en Tunisie mais d'origine italienne, ou encore la veuve V, déjà partie depuis longtemps mais dont les traces perdurent. 

 

Publié au Seuil, 16,70 €, à retrouver dans notre librairie

 

 

Le Truand, 

 

sera légion, cette fois, pour raconter, il le faut bien, comment les hommes se lèvent, vivent et meurent. Et comment, en cette période de guerre en Syrie, les résistants et opposants au régime ne finissent pas toujours avec le premier rôle, comme au cinéma. Paco Ignacio Taibo II livre ici un texte traduit par Caroline Lepage, qui s'intéresse aux hommes, douze précisément. 

 

Ces derniers ont lutté contre l'Histoire, et comptent parmi ses victimes. Parle-t-on simplement de politique, quand on raconte l'implication et l'engagement ? Quel que soit le pays, le coeur des hommes s'ouvre et lutte contre la révolte : Russie, Chine, Mexique, qu'importe la langue dans laquelle on souffre, face aux despotes, faces aux truands et autres usurpateurs. 

 

Dans un monde qui ne s'intéresse qu'aux victoires, douze histoires de défaites, terribles mais héroïques. Des histoires qui parlent de la ténacité, du respect des principes, de la politique comme morale tragique. La face cachée du mythe révolutionnaire vue avec une tendresse contagieuse : utopie à tous les étages pour les perdants magnifiques.

 

 

Publié chez Métailié, 12 €, à retrouver dans notre librairie