Le bonheur par des temps éloignés du bonheur, Wilhelm Genazino

Clément Solym - 07.12.2010

Livre - trvail - philosophe - paternite


Déjà, avec le titre de son livre « Un parapluie pour ce jour-là », roman qui l’a fait connaître au grand public, Wilhelm Genazino nous faisait plaisir comme une première bouchée de gâteau. Je me surprends à relire ce nouveau titre, juste le titre, l’apprécier comme une douceur, une poésie matinale, je cherche l’indicible derrière la typographie en bâton des éditions Christian Bourgois. Rien n’est dit, ou alors si, tout est déjà avoué, présenté sur la couverture-plateau. Le choix est une philosophie : aller plus loin au risque de prendre quelques kilos de vie en trop, ou s’arrêter, parce que la recherche du bonheur s’apparente à celle du temps perdu.

Gerhard Warlich est un héros philosophique, tel un Candide Voltairien.

Il a soutenu une thèse sur Heidegger, mais travaille dans une laverie industrielle. Bien que le patron le considérait comme « désespérément surqualifié », il gravit les échelons au fil des ans. Sa compagne, Traudel, jolie et tranquille, rieuse et meneuse, dirige une filiale d’une caisse d’épargne. Sa compagne vit sans trop réfléchir, son travail à la banque est sécuritaire, elle aime les restaurants, la vie sociale. Warlich aime être seul et observer pendant des heures un pantalon qui sèche sur un balcon. Pour lui, c’est un moyen fort de palper le temps qui passe.

Par inadvertance, il pense « tempalon » et cela le rend heureux. Il est très seul, mais apprivoise sa solitude. « C’est peut-être problématique de ne ressentir aucune culpabilité à être seul », pense-t-il, « pourtant tout le monde est seul, même les objets autour de nous le sont ». Pendant ses études de philosophie, il appelait le sourire de la mère (avec Kant) « le beau naturel », la télévision (avec Hegel) « l’apparence du réel » et les murmures des héros de cinéma (avec Heidegger) « le verbiage du On ».

Il rangeait la réalité dans un ordre phénoménologique en vivant une réalité à part.

Son intranquillité foncière est un autre souci qui le taraude. Incapable de vaquer à une occupation dans une pièce durant un temps assez long, il est souvent saisi par le désir d’être éternellement en chemin. C’est ainsi qu’il se fait licencier, pris en flagrant délit d’absentéisme. Au même moment, les évènements s’enchaînent, Traudel lui confie son désir d’enfant. Notre héros, trop occupé à cultiver son bonheur, reste étranger à son désir, et souhaite préserver son propre équilibre. Pour cela, il provoque l’ « extraordinaire » sans quoi, dit-il « il n’apparaît pas ». Warlich crée des petits tremplins à bonheur grâce auxquels il parvient à réchauffer son monde intérieur.

 
Jusqu’au jour où, croisant Annette, son amour de jeunesse, Warlich sans doute en signe de connivence, lui glisse une tranche de pain sec qu’il gardait dans sa veste. En réponse au regard ahuri d’Annette, Warlich éclate en sanglots. Peu de temps après, il est envoyé dans une clinique psychiatrique. Il sait qu’il n’est pas fou. Il a simplement conscience de son existence. Il se place au-dessus de sa vie, du monde et de son monde, comme une montgolfière qui prendrait de la hauteur sur une ville qui s’endort. Il a peur de perdre la raison.


Il renouvelle les questions. Il pensait, tout jeune, être épargné des malheurs, mais il se rend compte, qu’il n’a pas vécu la vie qu’il aurait pu vivre. Pendant des décennies, il était préparé à une vie meilleure, mais qui n’est jamais advenue. Il a très vite compris que dans la vie, on « attend de l’être humain que sa relation au malheur se limite à l’attente ». Alors lorsque le médecin lui demande de parler de la mélancolie, ce n’est pas facile. « Nous formons tellement un seul et même corps ma tristesse et moi, que je n’ai pas l’habitude de parler de cette fraternisation ».

La mélancolie et le reste du monde vont si bien ensemble. La vie est de plus en plus difficile à élucider que nous sommes tentés par un renoncement général, au risque de glisser vers un sentiment d’indignation dont le héros ne veut plus non plus.

La vie est un éternel sac de nœuds, et notre héros Gerhard Warlich essaie de tout démêler avec précision. Il cherche la vérité dans l’insignifiant, la vie dans les angles morts. Le bonheur avec cet auteur, c’est qu’il nous fait rire, sincèrement rire, il a la mélancolie joyeuse, la tristesse loufoque. Des illusions élimées, il reste un pétillant regard, une raison à faire rougir les plus Grands, des anecdotes comme objets d’émerveillements, et surtout un goût excellent pour la tragi-comédie, avec des petites cerises que l’on garde pour la fin, des questions qui restent en suspens, comme garde-fou-porte-bonheur.


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