Le boulevard périphérique, Henry Bauchau

Clément Solym - 08.05.2008

Livre - boulevard - peripherique - Bachau


En train, en bus, en métro ou en voiture par le Boulevard Périphérique, le narrateur, jour après jour, se fait un devoir de rendre visite à Paule, sa belle-fille, soignée à l’hôpital de Bobigny pour un cancer.

Elle cache, sous une perruque, son crâne qui a perdu toute sa chevelure suite aux traitements.

Mais elle aime bien continuer de parler avec lui de cette famille avec laquelle elle a fait alliance en épousant Mykka. De philosophie aussi. Et elle s’inquiète quand même aussi : « Vais-je guérir ? »

Ces instants de contacts difficiles pendant lesquels il faut simultanément faire montre d’espoir et vivre avec la certitude d’une issue fatale, font remonter du passé de cet homme maintenant grand-père, les souvenirs du temps qu’il a passé, juste avant la Deuxième Guerre mondiale, avec Stéphane, cet ami qui lui a fait découvrir le plaisir, le bonheur de l’escalade.

Stéphane qui a pris le maquis pour oeuvrer dans la résistance, dans des actions aussi solitaires que sa vie d’avant guerre, qui l’amèneront à se faire prendre par l’officier SS qu’il avait pour mission d’éliminer.

Stéphane dont la disparition restera un mystère partiel.


Cette chronique d’une mort annoncée est l’occasion, pour Henry BAUCHAU, de redire avec ses mots, une nouvelle fois, combien sont difficiles, différentes et délicates, les attitudes de chacun face à une issue fatale.

De la mère irrévocablement optimiste, car elle sent que toute autre option précipitera la chute. De la malade qui flotte dans un cocon tissé autour d’elle, lui servant de prétexte pour continuer à faire des projets d’avenir malgré les alertes sans cesse répétées. De l’enfant à qui on ne sait pas s’il faut dire tout ou le cacher (« Au XIXe siècle, on ne parlait pas du sexe, mais on vivait encore en présence de la mort, maintenant on parle de sexe et on a caché la mort »). De la famille, des amis qui sont là, tiraillés entre les nécessités de la vie qui continue et l’omniprésence de la vie qui s’en va.

Les mots sont sobres. Chacun s’en tire comme il peut.

Et à côté de cela, il semble qu’il y ait le flamboiement d’un jeune homme éperdu de liberté, trop tôt disparu dans une histoire partiellement indistincte. Une histoire dans laquelle son sens de la vie a affronté avec succès un adversaire (quel meilleur symbole qu’un officier SS) dont il a pu rendre vaines toutes les tentatives destinées à le soumettre à une emprise destructrice avant de réussir à lui voler même sa mort.

L’officier SS Shadow est aussi une facette de la mort elle-même, certainement terrible et effroyable devant laquelle il est quand même possible, semble-t-il, de ne pas trembler.

Et le boulevard périphérique dans tout cela ? Il n’est finalement que le lien entre ces vies, qui accélère ou qui freine ces rencontres. Il n’est qu’un chemin par lequel on doit passer. Il n’est pas le seul.

Mais celui-là ou un autre…