Le Bureau vide, Frank De Bondt

Clément Solym - 08.03.2010

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« Mon père n’a aucun respect pour ces cadres incultes qui n’ont que l’argent à la bouche. Il préfère les livres ». Le Bureau vide est un ouvrage mordant, en ces temps de crise où le capitalisme sauvage, pourtant donné moribond par certains politiques, continue de produire ses petits.

Marc Deleuze, Directeur des ressources humaines de la Maison (multinationale dont on ignore la spécialité) est mis un beau matin et sans préavis au placard. En 24 heures son bureau est vidé, sa porte déposée, sa personne ignorée. Loin de se laisser abattre en donnant sa démission, le narrateur décide de continuer à occuper les lieux, faisant de la moquette de son bureau un quartier général de résistance.

Disons le tout net : l’exercice de style auquel s’adonne l’auteur est périlleux. Le sujet ayant déjà été traité à moult reprises, tant en littérature qu’au cinéma, on tourne les premières pages l’oeil critique, guettant les éventuels lieux communs, les fautes de styles, les lacunes de l’intrigue. Mais de tous ces travers, nulle trace. L’écriture est vive et fluide, percutante et précise. Le récit est aussi rondement mené qu’il est finement conduit. Du PDG à la femme de ménage, chaque espèce de cette jungle est admirablement disséquée : Franck De Bondt s’en tire avec mention très honorable.

Il ne tait rien, traitant son sujet avec coeur et talent, rappelant la nature éphémère des responsabilités et de leurs privilèges afférents. La servilité des courtisans du pouvoir dans l’entreprise, qui oscillent sottement entre dévotion béate aux privilégiés et ignorance méprisante des désavoués.

Du suicidé, rayé consciencieusement des mémoires, car traître à l’entreprise, au paradoxe d’une société qui garde en ses murs un salarié sans l’occuper, Le Bureau vide dénonce l’hypocrisie maîtresse à tous les étages, le règne des connivents et des opportunistes.

Un cinquième roman réussi (et non troisième, comme l’affirme la quatrième de couverture), donc, dont on regrettera toutefois qu’il passe sous silence les causes pour ne s’attacher qu’aux effets. En ignorant l’analyse pour rester dans l’action, De Bondt ne pointe que le malaise sans aiguiller vers la remise en question. Une sorte de constat admirablement dressé, mais qui ne donne pas l’ombre d’une solution : peut-être pas assez d’acide pour dissiper le coton.

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