Le carnet de rêves de David Bosc : le suicide de l'artiste

Félicia-France Doumayrenc - 19.01.2016

Livre - Carnet rêves - David Bosc - mourir cheval


La mort n’est-elle qu’un prétexte à la vie ? Le suicide l’expression ultime pour un artiste de laisser une trace supplémentaire en plus de l’œuvre qu’il abandonne dans la mort ? Sylvia saute, laissant son père, qui pourrait l’en empêcher s’il l’avait comprise : « (…) changé en statue de sel. » Telle la femme de Loth, devant l’effroi, la sidération, il a vu et pour avoir regardé a été puni.

 

 

 

Le magnifique roman de David Bosc dont le titré est identique à celui d’un poème de Mandelstam, Mourir et puis sauter sur son cheval, commence par un suicide. Là où tout devrait finir, tout au contraire commence. L’auteur s’est inspiré d’une histoire réelle relatée dans le Daily Express, en septembre 1945 :

 

 Personne ne sait encore pourquoi, Sonia A., une artiste espagnole de 23 ans, a chuté mortellement de 80 pieds sur le pavé de Queensway, Bayswater. Hier matin, elle a passé un appel téléphonique depuis l’immeuble. Quelques minutes plus tard, elle gisait nue et mourante dans la rue.

 

 

Qu’est-ce qui a poussé la jeune femme à sauter dans le vide ? À laisser son père avec son carton à dessins et son carnet de rêves. 

 

Comme pour donner les clés, tenter de trouver une explication l’écrivain invente le journal intime de Sonia. Il imagine sa vie, et devient elle.

 

 Et, l’univers de la jeune femme fascine. Personnalité quasi schizoïde, tant elle est multiple, elle détourne les mots, joue avec les aquarelles et l’eau des lavis et est terriblement en vie, et surtout dans l’urgence.

 

Plus vite, plus vite, plus vite ! Le tourbillon déforme la pièce, la rend molle, liquide (…) Plus vite, plus vite !

 

 

Elle erre dans Londres nourrissant sa solitude de rencontres de hasard, d’hommes croisés dans des pubs comme ce réfugié hongrois avec lequel elle fait « l’amour dans une cage d’escalier. » Puis, fait la connaissance de John Wyatt, soldat canadien, « aux mouvants tatouages ». Est-elle amoureuse ou est-ce un jeu de plus ? Elle évoque sa mère décédée d’un cancer avec pudeur et se livre ainsi « comme lorsque maman est morte et que je me suis jetée dans la grande ville dans l’espoir de m’y perdre (…) » 

 

Son journal aux pages arrachées, avec ses notes illisibles et ses ratures ouvre son univers peuplé d’auteurs, de mots, de peintures. Nombreux sont, aussi, tous ces animaux qui reviennent sous sa plume comme pour accompagner son monde pictural.

 

David Bosc signe, ici, un texte magistral. Alors que de nombreux auteurs cèdent à la facilité du journal, il parvient en écrivant celui de Sonia, à faire oublier au lecteur que ce dernier n’est que fictif. 

 

Toutes les phrases de Mourir et puis sauter sur son cheval sont percutantes et font basculer dans un espace déroutant. Si le sujet premier est la mort, en réinventant Sonia, il la rend terriblement présente et donne ainsi une magistrale leçon de vie. Un livre à lire et à relire.


Pour approfondir

Editeur : Verdier
Genre : litterature...
Total pages : 90
Traducteur :
ISBN : 9782864328476

Mourir et puis sauter sur son cheval

de David Bosc (Auteur) Avis des internautes (1

Daily Express, septembre 1945 : " Personne ne sait encore pourquoi Sonia A., une artiste espagnole de 23 ans, a chuté mortellement de 80 pieds sur le pavé de Queensway, Bayswater. Hier matin, elle a passé un appel téléphonique depuis l'immeuble.

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