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Le cavalier suédois, à brides abattues dans l'Europe du XVIIIe siècle

Mimiche - 22.04.2020

Livre - Leo Perutz - Cavalier suedois - Phebus Libretto


ROMAN ETRANGER - Maria Christine von Blohme, née von Tornefeld écrivit ses mémoires à plus de cinquante ans. Cet opuscule ne fut connu que de manière posthume et ce, grâce à l'un de ses petits-fils, au début du XIXème siècle. Il captiva un cercle d'initiés, qui y trouvèrent le récit d'une vie traversant une époque troublée qui l'amena, au cours des nombreux voyages où elle accompagnait son second mari, ambassadeur du Danemark, bien au-delà des frontières de ce qui n’était pas encore l'Europe.
 
 
 
D'une grande beauté, elle avait ainsi assisté, souvent de près, à de grands événements aussi bien politiques que culturels, et côtoyé de nombreux hommes illustres tels Voltaire ou de Réaumur, et même le maître de chapelle, Monsieur Bach, lors d'un concert en l’Église du Saint Esprit de Potsdam en 1741.
 
Maria Christine était née en Silésie avant la fin du XVIIème siècle, au domaine de ses parents, Maria Agneta et Christian von Tornefeld, ce dernier plus connu sous le nom de « cavalier suédois ».
 
Mais alors qu'elle avait seulement sept ans, il les avait abandonnées sur leurs terres pour aller rejoindre les armées de son roi, Charles XII de Suède, et chercher à ses côtés la reconnaissance de son suzerain et la gloire des champs de batailles que Charles XII poussait jusqu'en Russie.
 
Et puis, un jour est arrivée au domaine la nouvelle que Maria Agneta redoutait depuis le jour funeste du départ de son mari : celui-ci avait trouvé, trois semaines auparavant, une mort certes glorieuse mais définitive, lors d'une bataille de trop.
 
Maria Christine, bien qu'elle ne revit plus son père à compter d'alors, ne put jamais se résigner à en admettre la disparition puisque, depuis son départ, il venait la voir en cachette, toutes les nuits, y compris encore la veille du jour où sa mort leur fut annoncée, alors que, le jour, il guerroyait à plus de cinq cent milles de là !
 
 
 
C'est l'histoire de ce Cavalier Suédois que raconte Léo Perutz dans ce livre où se côtoient diableries mystiques ancrées dans les croyances populaires et diableries bien réelles, œuvres de forbans, voleurs, escrocs, pillards ou bandits de petits et grands chemins.
 
Elle commence par la rencontre de deux fuyards, « l'un était un vagabond, un maraudeur de foire échappé au gibet, l'autre était un déserteur ». Leur fuite pour échapper à la justice séculière les a réunis pour le meilleur et pour le pire : elle les a finalement mis à la merci de la justice divine qui sait si bien prendre la forme des fourches caudines bien humaines et bien aussi scélérates que ceux qui doivent être jugés !
 
Le lecteur est ainsi rapidement immergé dans une histoire, certes un peu désuète, mais pourtant si bien racontée qu'il est impossible de ne pas s'y laisser prendre, de ne pas se laisser enchanter par un récit qui laisse parfois la place au fabuleux (la fable qui se sert d'une image pour mieux raconter la vérité), de ne pas se laisser éblouir par la qualité de l'écriture, quand l'éclairage du conte lui donne à entrevoir ce qui échappe aux acteurs, lesquels ne peuvent en déchiffrer le sens car, justement, cet éclairage complémentaire leur fait défaut.
 
Le lecteur est chanceux car c'est réellement bien construit !
 
Initialement paru en 1936, ce livre est une plongée dans une littérature aujourd'hui disparue avec un vocabulaire et des personnages surannés, une ambiance démodée aux accents d'ancien régime, des sentiments oubliés et anachroniques d’honneur, de gloire, de bravoure et d’assujettissement volontaire à un suzerain, opposés à un autre code de cohabitation des filous et des malandrins ! Lesquels savent aussi, parfois, faire preuve de fidélité et de loyauté.
 
Et l'image récurrente, qui serine que ce qui est perçu peut très bien ne pas être ou, au moins, peut être interprété d'une autre manière pour peu qu'il soit possible de le voir autrement, sous un autre angle.
 
J’ai trouvé là une très belle histoire, un très beau conte qui, comme tout conte qui se respecte, montre que rien n'est blanc ou noir, que la rédemption n'est pas de ce monde, et qu'il faut toujours finir par passer à la caisse de la vie...



Leo Perutz, trad. allemand Martine Keyser – Phébus - 9782752906311 – 8,90 €


Commentaires
Superbe livre
Une fable, comme souvent chez Perutz, pleine d'ironie et cependant magnifique. Poignante par son sujet (un père obligé de disparaître et qui, sans se laisser voir, essaye de se rendre auprès de son enfant jusqu'à sa fin), cette histoire saisit le lecteur et fait du destin (central dans toute l'œuvre de Perutz) un acteur à part entière qui, comme il se doit, se joue des hommes et de leurs espoirs.

Dans une veine similaire, du même auteur : La Troisième Balle
Oui, superbe roman. Il faut lire et relire Léo Perutz ! Notamment aussi "Roule, petite pomme, roule". Une Europe vivante, plus qu'aujourd'hui.
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Pour approfondir

Editeur : Libretto
Genre : littérature
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782752906311

Le cavalier suédois

de Leo Perutz

Dans l'Europe orientale au début du XVIIIe siècle, aux confins de la Prusse et de la Pologne, le jeune roi Charles XII de Suède rêve de se tailler un empire qui irait de la Baltique à la mer Noire. et y réussit presque. Un jeune officier de ses troupes, déserteur et pourchassé, prend la place d'un voleur de grand chemin pour échapper à la potence - lequel voleur prend sa place dans la vie. Et c'est l'histoire de ce dernier qui nous est contée : poursuite endiablée d'un bonheur qui toujours échappe, jusqu'à la chute finale, attendue et d'autant mieux pathétique, où la Mort reprend ironiquement ses droits. Perutz considérait Le Cavalier suédois - où il traite avec un sens très cinématographique du " suspense " le thème angoissant entre tous de la substitution d'identité - comme son roman le plus inspiré. Le fait est qu'avec le recul du temps ce récit mouvementé gouverné de bout en bout par l'Ange du Bizarre apparaît à nos yeux comme l'une des plus singulières réussites de la littérature allemande

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