Le chemin des dieux : : « la beauté, ici, naît de la singularité »

Cécile Pellerin - 20.11.2013

Livre - Japon - science-fiction - fantasy


Lunes d'encre est une collection d'imaginaire (fantasy, science-fiction et fantastique) qui se veut autre, selon son créateur Gilles Dumay ; "plus littéraire que ses pairs, moins spatiale, plus humaniste aussi".

 

Ainsi, le quatrième roman de Jean-Philippe Depotte entraîne le lecteur au Japon, d'une part au cœur d'une culture mythologique très ancienne et d'autre part,  au sein d'une société actuelle et moderne, toute imprégnée de références propres à l'univers manga et aux jeux vidéo.

 

Une plongée dans un pays étrange et déroutant, où les traditions, le théâtre Nô mais aussi la variété se mêlent et se confondent et dépaysent le public occidental, sans  véritables repères. Il a le choix alors d'accepter ou non de se perdre parfois, d'être dépassé, de ne pas tout comprendre, de se laisser guider par une écriture fluide et poétique, à l'image de celle de Murakami, à certains moments.

 

Le choix d'aimer ou non, cette sensation d'évasion hors contrôle.

 

« C'est tout l'art de la beauté japonaise. L'art de l'éclipse. Ne rien montrer. Laisser à l'imagination le soin d'exalter ce qui est caché. »

 

Une lecture, qui ne peut laisser indifférent, au final.

 

Achille (le gaïjin) quitte brutalement la France lorsqu'il apprend, de son ami Francis, resté vivre au Japon, qu'Uzumé, la femme qu'il a aimé douze ans plus tôt a disparu. Arrivé à Tokyo, son ami s'est suicidé. Il découvre alors un pays en proie à un  « incident », relayé en boucle par les médias japonais. Des centrales nucléaires rencontrent des pannes et le pays subit une catastrophe énergétique qui le plonge peu à peu dans l'obscurité, restreint l'utilisation des appareils électroménagers, interrompt les transports et fait fuir tous les étrangers sans que la panique ne gagne la population nippone.

 

« Le Japon perd sa lumière ».

 

Des phénomènes étranges se succèdent, des disparitions s'enchaînent. Achille enquête, part à la recherche d'Uzumé et au fil de sa quête rencontre des personnages insolites et intrigants (telle la taxidermiste, admiratrice de Von Hagens, « le promoteur de la plastination »,  la Candy-girl au sourire de manga, Kappa, sorti d'un conte, le roi lucane, Tanuki, le sumô, le Kirin, animal légendaire…) et échappe peu à peu au monde réel, voyage au pays des Dieux, plonge dans les croyances et superstitions japonaises, parle même aux insectes, aux fantômes.

 

Road-movie onirique, peuplé de références philosophiques, bouddhistes ou historiques parfois complexes pour un esprit occidental non féru de culture japonaise. L'insertion de mots japonais et de nombreuses métaphores ajoute au mystère et à la confusion parfois aussi mais procure au texte une ambiance fantastique vraiment particulière et envoûtante, intemporelle.

 

Ce roman est une sorte de fantasy urbaine, très visuelle mais déroutante, très proche apparemment (pour les initiés) de l'ouvrage de Neil Gaiman, « American Gods »,  et qui témoigne, incontestablement,  de la grande connaissance du Japon de l'écrivain (il y a vécu 4 ans).