Le ciel se trouve sur terre, Ake Edwardson

Clément Solym - 14.12.2011

Livre - Ake Edwardson - JC Lattès - Roman


Comme une incohérence éditoriale, cette enquête d'Erik Winter est la cinquième d'une série de dix. Considéré (par l'éditeur) comme l'un de ses meilleurs romans, on peut se demander pourquoi il paraît seulement aujourd'hui, un an après la dernière enquête traduite en français.


Si les romans d'Ake Edwardson peuvent certainement se lire indépendamment les unes des autres, c'est assez agaçant pour le lecteur qui suit l'évolution de son personnage, s'est attaché à ses doutes, à sa femme, à ses filles, de devoir ainsi basculer plusieurs années en arrière et faire comme s'il connaissait encore peu le commissaire, découvrait son attitude désenchantée, son angoisse existentielle alors qu'elles inondent les pages du dernier opus.


Mais bon, la logique éditoriale n'est sans doute pas la logique chronologique et ce roman ravira quand même les inconditionnels (prêts à tout pour retrouver Erik Winter) et éveillera la curiosité des nouveaux lecteurs qui vont le découvrir par le biais de cette histoire


Sans surprise donc, l'histoire se passe à Göteborg, en hiver, à l'approche de Noël.  Une atmosphère sombre et humide (même la neige,  a décidé cette année de ne pas illuminer la ville ou si peu) au sein de laquelle Erik Winter reprend du service après six mois de congé parental. La paternité a généré chez notre commissaire un fort sentiment d'angoisse et la crainte permanente qu'il puisse arriver quelque chose à sa fille, commencent peu à peu à se distiller dans le roman et ne le quitteront plus désormais.


Aussi, lorsque des enfants, dans différentes crèches de la ville, semblent avoir été abordés par un inconnu, qu'en même temps, des adolescents sont violemment agressés sans raison apparente, notre commissaire, de plus en plus sombre au fil des pages, redoute le pire, (« cette affaire serait un sombre et long voyage auquel Winter devait participer depuis le début ») manifeste sa peur, (« le policier en moi voit les failles du système ») son impuissance à pouvoir protéger ces enfants  et la colère qui l'envahit.


L'auteur met  ainsi en évidence le manque de moyens des établissements accueillant des enfants et condamne un Etat irresponsable. Ce qui suit, l'enlèvement d'un enfant puis les violences commises, semblaient inévitables et le fatalisme qui en découle noircit davantage encore la situation, plonge Winter (et le lecteur) dans un désespoir dont on sait déjà qu'il l'habitera de plus en plus profondément. 


Ce qui importe dans ce roman, c'est l'enquête et le cheminement du commissaire et de ses acolytes. Et leurs vie personnelles également, proches de notre quotidien et qui forcément séduisent. Ainsi Bertil et son fils Martin qui ne veut plus le voir,  Fredrik, veuf depuis peu, à l'humour redondant et  Aneta, la « Black » du service, sensible et intelligente ; autant de stéréotypes qui ancrent le récit dans une réalité finalement concrète et proche.

 

Ce sont  aussi les réflexions qui naissent, les constats (assez désespérés) et l'empathie même pour le coupable dont on sait déjà qu'il est la victime d'un autre drame encore plus odieux, qui intéressent au final le lecteur mais ne garantissent ni joie ni légèreté.

 

Åke EdwardsonWinter accueille les souffrances de chacun : d'abord  les enfants, puis les parents de l'enfant enlevé puis maltraité, puis celle des étudiants agressés, des collègues aussi (cf. Bertil Ringmar) tel un vrai héros qui vacille pourtant au final, fragile et désemparé. « Il remit ses écouteurs et but son whisky en essayant de ne penser à rien, en vain. Il pleurait sous ses lunettes. » Il écoute, soulage et émeut mais ne nous laisse aucun espoir.


Alors que l'enquête  a été menée avec  délicatesse et ménagement, presque en douceur, la fin brute, glaçante exprime, de manière très épurée (un seul paragraphe) qu'il est déjà trop tard, qu'il  est des souffrances qui ne se guérissent pas, ne se soulagent pas sur terre et que la police ne peut rien : « cette guerre impossible à remporter, mais qu'ils étaient obligés de mener ».


Attention ! Pour une fin d'automne, c'est assez déprimant !


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