Le combat des trente, de Serge Filippini

Clément Solym - 23.09.2010

Livre - paris - apocalypse - affrontement


Paris, Ville Lumière, cité des Idées et des beaux esprits... Oubliez cette époque, ce Paris-là n'existe plus, il est mort, enterré profondément sous les couches de végétations sauvages qui l'ont recouvert. Désormais, le Jardin du Luxembourg a renoué avec ses racines végétales et déborde tous azimuts. Ici, tout n'est que calme, luxe et volupté... Non, ici, tout n'est que barbarie, rapines, viols, meurtres et sociétés à peine tribales.

La société que nous connaissons n'aura pas mis un siècle à se mutiler. Elle portait déjà en elle les germes de sa propre destruction. Ces derniers n'auront donc connu qu'une croissance accélérée. Une forme de darwinisme, par définition imprévisible, où l'homme a été ramené à l'état le plus proche de la bête. Heureusement, il reste le langage. Et encore...

Dans ce qui n'est plus qu'une jungle, les monuments d'avant -mais qui se souvient encore qu'il existât un avant ?- ne sont plus que ruines. On pille le Louvre pour dérober des bijoux qui permettront peut-être de voir sa vie épargnée. Désormais, les enfants abandonnés par des parents ayant oublié leur rôle, vivent en meutes et agressent toute personne passant à leur portée. La société a reculé jusqu'à une forme patriarcale hirsute, entre le clan préhistorique et la vie médiévale. Maladies, famines, guerres incessantes.

Au milieu de ce marasme, le Vicaire, homme touché par la grâce, dont le manteau guérit des maladies, raconte-t-on. Et Angst et Rob, tous deux du clan Montsouris. Qui luttent l'un contre l'autre pour le pouvoir. Celui qui fera une société à leur image. Un combat approche. À trente contre trente...

Jolie claque que l'on prend, avec cette utopie post-apocalyptique, où Serge Filippini s'évertue à ramener l'homme au rang de bête, dans un univers où plus grand-chose ne compte d'autre que la survie. L'atmosphère est lourde, chargée d'un air puant la lèpre, au point qu'une miche de pain, baptisée promesse, devienne un symbole d'espoir incroyable. Symbole de la civilisation passée, l'art de faire du pain et le don de la nourriture ramènent une once d'humanité dans un monde en complète perdition.


Pas alarmiste, mais pas très rassurant non plus sur notre devenir, le retour au stade de chasseur (et encore !) cueilleur, n'a vraiment rien de réjouissant. Et la haine de l'autre qui transparaît à chaque page reflète combien il nous serait facile de verser de nouveau dans la barbarie sans le vernis social si fragile à maintenir... Le tout puisant ses racines dans un fait historique tiré de la Guerre de 100 ans, et nous voici plongé dans un bon roman d'anticipation, fluide et bien écrit.

Cette visite touristique, à l'abri derrière les pages, d'un Paris vidé de toute âme, et peuplé de gueux ou d'assassins (deux titres, loin d'être incompatibles), est un classique du genre. Les amateurs s'y retrouveront sans peine et même les réticents à la science-fiction y trouveront une fable sur le partage et l'humain qui mérite le détour...