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Le Concert des puissants : loin des règles, loin du coeur

Auteur invité - 20.09.2017

Livre - structure pouvoir égalités - domination monde oligole - hiérarchie institutions politique


« Comment se peut-il que la structure du pouvoir tienne malgré tout ? » La question énoncée dès les premiers mots de la quatrième de couverture peut sembler ambitieuse pour un petit livre de cent vingt pages environ. Très vite pourtant, à sa lecture, nous trouvons plus d’éléments de réponse encore que nous ne l’espérions.




 

C’est que les sociologues François Denord et Paul Lagneau-Ymonet ont réussi un ouvrage d’une concision remarquable. Le Concert des puissants est une analyse brillante, aussi précise qu’agréable à lire, de l’élite au pouvoir en France. Elle regorge de faits, de noms, de relations, de statistiques, tous fruits d’une enquête de plusieurs années. 
 

De nombreux poncifs, bien sûr, n’y survivent pas. L’élite n’est pas une classe homogène, et cela d’autant plus qu’elle a été fortement bouleversée par la supériorité que le pouvoir économique a acquise ces dernières décennies au détriment du pouvoir politique. 


Les rapports de force en son sein sont monnaie extrêmement courante et ils aboutissent parfois à des luttes d’une rare violence, acceptées bien sûr tant qu’elles ne mettent pas en péril la suprématie de l’ensemble de la classe, dont ses membres ont une conscience aiguisée.

Il est d’ailleurs fascinant de découvrir que, plus l’on s’élève dans la hiérarchie, plus les lieux de sociabilité et les instances de régulation des conflits sont nombreux. Ainsi les repas du club « Le Siècle » dont il est fait une fascinante description. 
 

Si le chapitre consacré à l’arbitraire de la naissance et à l’importance de l’héritage est quant à lui moins surprenant, il a le mérite de dresser un tableau précis de la situation aujourd’hui, et de nous fournir exemples et chiffes indéniables pour mettre à bas le mythe de la pure méritocratie républicaine. 
 

Au final, l’un des éléments les plus marquants qui ressort de l’analyse est que, comme le notent les auteurs, « les puissants jouissent d’un privilège considérable : ne pas se sentir tenus de suivre la règle commune, ne jamais exclure la possibilité d’une exception », avant d’ajouter plus loin : « Le sentiment d’échapper aux règles ordinaires s’accompagne d’une conviction sincère d’être dans le bon droit. »

Tout lien avec une quelconque actualité ne serait que pur hasard. 
 

Thibaut Willems,
Le Merle moqueur (Paris) 
 

en partenariat avec le réseau Initiales

 

François Denord, Paul Lagneau-Ymonet – Le Concert des puissants – Editions Raisons d’agir – 9782912107787 – 8 €